OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 “L’Internet arabe était perçu comme l’Internet de Ben Laden” http://owni.fr/2012/11/07/internet-arabe-etait-percu-comme-internet-de-ben-laden/ http://owni.fr/2012/11/07/internet-arabe-etait-percu-comme-internet-de-ben-laden/#comments Wed, 07 Nov 2012 14:10:18 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=125133

Tout et son contraire a été dit, écrit, décrié, affirmé, à propos du rôle des réseaux sociaux dans les révolutions arabes. Nettement moins sur l’Internet arabe avant la chute de Ben Ali, de Moubarak, de Kadhafi et des mouvements révolutionnaires qui contestent depuis l’hiver 2010 les régimes en place partout au Moyen-Orient.

Yves Gonzalez-Quijano revient sur ces deux moments dans son ouvrage Arabités Numériques, Le printemps du web arabe. Universitaire arabophone et traducteur, il scrute l’Internet arabe (plutôt l’arabisation d’Internet) et en rend compte, entre autres, sur son blog Culture et Politique Arabes dont les articles ont parfois été repris sur Owni.

Personne n’avait vu venir les soulèvements arabes. Personne n’avait vu venir les jeunes des pays arabes sur Internet non plus. Il y avait pourtant des signes. A la fin des années 1990, un groupe tunisien connu sous le nom de Takriz lance une liste de diffusion sur laquelle circulent des informations alternatives. L’un des membres, Zouhair Yahyaoui (Ettounsi sur les réseaux) devient en 2002 l’un des premiers cyberdissidents arrêté et emprisonné en Tunisie pour son activisme en ligne, presque dix ans avant les révoltes de 2011. Triste symbole.

Marchés de substitution

Dès le début des années 2000, alors que la bulle Internet venait d’éclater, “les pays émergents en général, et ceux du monde arabe en particulier, offr[ent] des marchés de substitution grâce auxquels les industries mondialisées de l’information de la communication pouv[ent] continuer leur croissance”, note Yves Gonzalez-Quijano. Apple, qui proposait des produits arabisés dix ans plus tôt mais a abandonné la voie, est doublé par Microsoft et le multilinguisme d’Internet Explorer.

A la technique s’ajoute une idéologie nationaliste arabe qui veut son industrie du logiciel. Les initiatives de développeurs arabes, notamment en Jordanie, se multiplient. Avec certains succès, comme Maktoub, lancé en 1998 et racheté dix ans plus tard par Yahoo!. Dernier élément : l’envie. “L’arrivée d’Internet dans le monde arabe a été un appel d’air” explique le chercheur à Owni :

Internet, c’est le culte du cargo. Le savoir est accessible immédiatement, il vous tombe presque dessus, tout en échappant au contrôle social de la famille ou de l’entourage. C’est un peu comme lire sous les draps…

Révolutions interconnectées

Au milieu des années 2000, l’Internet a changé, il est moins austère, plus tourné vers l’utilisateur (user friendly). C’est le temps du web 2.0, la grande époque des blogs. Viennent les réseaux sociaux, plus compatibles avec le son et l’image. Avant l’irruption de l’Internet arabe dans les agendas médiatique et politique, avaient eu lieu plusieurs révolutions, écrit Yves Gonzalez-Quijano :

On est en présence non pas d’une seule et unique révolution, celle des réseaux sociaux dont l’extension frappe tellement les esprits aujourd’hui, mais bien de trois ou quatre, successives et interconnectées.

Comment les observateurs du monde arabe ont-ils pu ignorer ce phénomène, l’émergence de cet Internet arabe, ou plutôt l’arabisation d’Internet ? Le chercheur évoque plusieurs pistes dans son livre. ”Un blocage culturel, un exotisme orientaliste en quelque sorte, empêchait d’associer Internet et arabe” résume-t-il. Les rapports sur l’utilisation d’Internet dans la région se concentrent sur la répression, sur la censure. Ce qui a “contribué à ancrer dans les esprits la conviction que l’Internet arabe avait encore devant lui un très très long chemin à parcourir avant de pouvoir exister de plein droit et de contribuer au changement”

L’Internet de Ben Laden

Le comportement des potentats locaux est pourtant plus ambivalent. “Moubarak était perçu comme un tyran rétrograde. Tyran il l’était, mais pas rétrograde ! corrige Yves Gonzalez-Quijano. Beaucoup ont refusé de le voir.” L’Égypte est le premier État arabe à nommer un ministère aux technologies de l’information et de la communication.

Dernier biais : quand elle ne se concentre pas sur la répression, les études des années 2000 échouent sur un autre biais, la (cyber) pieuvre islamiste. La peur panique de l’islamisme après 9/11 “a fortement contribué à faire en quelque sorte ‘disparaître des écrans’ l’activité numérique arabe, totalement recouverte par une nouvelle catégorie, celle du ‘web islamique’, sujet d’un bon nombre d’études” note le chercheur, qui résume à l’oral :

En somme, l’Internet arabe était perçu comme l’Internet de Ben Laden.

Une perception qui a volé en éclat avec les soulèvements de 2011. Le Printemps arabe “a au moins eu cette vertu d’ôter un peu de leur crédibilité aux commentaires inquiets sur les risques du cyberjihad” écrit Yvez Gonzalez-Quijano.


Photo d’Alazaat [CC-by]

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Le dir’ com américain de la Syrie http://owni.fr/2012/07/06/le-dir-com-americain-de-la-syrie/ http://owni.fr/2012/07/06/le-dir-com-americain-de-la-syrie/#comments Fri, 06 Jul 2012 16:19:37 +0000 Jean Marc Manach http://owni.fr/?p=115551 spin doctors" anglo-saxons. Ils avaient déclaré ne plus travailler pour le président-dictateur syrien. Or, les documents obtenus par WikiLeaks, et révélés par Owni, montrent qu'il n'en est rien et qu'ils ont continué pendant la répression.]]>

En plein printemps arabe, le magazine Vogue publiait, dans son édition de mars 2011, un portrait élogieux d’Asma al-Assad, la femme du dictateur syrien, sobrement intitulé “Une rose dans le désert“.

Illustré de photographies de James Nachtwey et signé Joan Juliet Buck, ex-rédactrice en chef de la version française de Vogue, l’article a depuis été effacé du site web de Vogue (on peut le retrouver via archive.org).

Aux États-Unis, des dizaines d’articles avaient en effet dénoncé l’incongruité d’une telle publication, quelques jours seulement avant le déclenchement de la révolution syrienne, et la façon dont il cherchait à humaniser un dictateur en montrant à quel point sa femme était belle et raffinée.

Cet article n’aurait probablement jamais été rendu possible sans l’entregent de Mike Holtzman et de son employeur, le cabinet de relations publiques Brown Lloyd James.

Ex directeur des affaires publiques du Council on Foreign Relations, passé par le département d’Etat américain et le cabinet de Bill Clinton, désigné comme “officier de liaison” à Ground Zero en septembre 2001, Mike Holtzman s’illustra en aidant la Chine à remporter les jeux olympiques de 2008, ce qui lui valu d’être désigné comme la personnalité de l’année par PRWeek, le magazine des relations publiques, et d’être recruté dans la foulée par Brown Lloyd James.

Créé par Peter Brown, l’ancien assistant des Beatles, et Sir Nicholas Lloyd, un ancien journaliste du Daily Express, ce cabinet de relations publiques, qui a notamment aidé le Qatar à emporter la coupe du monde de football 2022, travaille tout aussi bien pour Russia Today que pour Disneyland Paris, la principauté de Monaco et Al Jazeera, avec un focus sur les pays arabo-musulmans.

En 2002, Mike Holztman faisait ainsi paraître une tribune libre appelant à la privatisation de la diplomatie, afin d’améliorer les rapports entre les États-Unis et le Moyen-Orient, puis une seconde, en 2003, fustigeant la propagande américaine dans les pays arabo-musulmans.

En 2009, Brown Lloyd James se faisait également remarquer en travaillant pour la Libye, afin de permettre à Kadhafi de publier une tribune libre dans le New York Times, de faciliter son célèbre voyage au siège des Nations-Unis (où il avait accusé le Conseil de sécurité d’être un “Conseil de la terreur car le terrorisme ce n’est pas seulement al-Qaida“), ou encore de favoriser une rencontre entre George Bush et le fils Kadhafi.

Brown Lloyd James a toujours refusé de répondre aux questions de la presse. Mais un mémo de la Justice américaine a révélé que le cabinet avait bien été sous contrat avec la Syrie, afin d’améliorer l’image de marque d’Asma al-Assad à l’étranger, la société tenant cela dit à préciser n’avoir “fourni aucun service à la famille Assad depuis décembre 2010“, date à laquelle elle avait organisé, selon The Guardian une interview avec Asma al-Assad.

Ce même mois de décembre 2010 Paris Match avait lui aussi rencontré la femme du dictateur syrien, à l’occasion d’une visite officielle des époux al-Assad à Paris, et publié une interview de 4 pages intitulée “Deux amoureux à Paris“. Contacté par Owni, Régis Le Sommier, le journaliste de Paris Match qui avait signé le papier, répond n’avoir jamais “été en contact avec Brown Lloyd James, ni avec Mike Holtzman“.

Pourtant, un des 2 434 899 emails obtenus par WikiLeaks dans le cadre de l’opération Syria Files, estampillé “classified“, révèle la présence de Mike Holtzman à Paris en compagnie d’Asma al-Assad en décembre 2010.

MaJ du 6/8/2012 : Régis Le Sommier, directeur adjoint de Paris Match à qui cette interview avait été accordée, me demande de préciser ce qui suit :

Cette interview a été réalisée à l’hôtel Bristol par l’intermédiaire de Fares Kallas, en présence de Leila Sibaey. En aucun cas, nous ne payons, ni n’utilisons d’agences de relations publiques pour décrocher des interviews. Le président El-Assad était reçu par Laurent Delahousse de France 2 et Paris Match avait obtenu d’interviewer la First Lady.

Surtout, d’autres e-mails et documents montrent que Mike Holtzman a bel et bien continué à conseiller le dictateur syrien, jusqu’en janvier 2012, et alors que la répression faisait des centaines, voire des milliers de morts.

Un “super-héros” musulman, et amputé

Plusieurs emails, révélés par les Syria Files et confirmés par un article du magazine Foreign Policy, montrent par ailleurs que Mike Holtzman, censé avoir cessé de travaillé pour la Syrie depuis décembre 2010, s’était rendu à l’Opéra Dar al Assad de Damas pour une conférence le 9 février 2011.

Dans un premier email, Rachel Walsh, qui travaille pour Brown Lloyd James au Qatar, écrit à Sondos Sosi, chargée des relations avec la presse au ministère syrien des Affaires Présidentielles, que sa “collègue Sheherazad Jaafari lui a conseillé d’envoyer des documents à propos de la conférence du 9 février“.

Sheherazad Jaafari n’est pas n’importe qui : fille de l’ambassadeur de Syrie aux Nations Unies et conseillère en communication de la famille al-Assad, elle avait effectué un stage chez Brown Lloyd James, et Mike Holtzman avait été son “chef“. Dans un message envoyé à Sondos Sosi dans la foulée, elle joint un tableau recensant les sièges réservés pour la conférence du 9 février. Aux premiers rangs, des places destinées aux membres du gouvernement syrien ainsi qu’à des ambassadeurs étrangers, mais également à Asma Al Assad, épouse de Bachar, à côté de laquelle est installé Mike Holtzman.

Quelques heures plus tard, Sondos Sosi fait parvenir par email le programme de la soirée à Luna Chebel, une autre conseillère en relations presse de Bachar al-Assad et ancienne journaliste à Al Jazeera. Mike Holtzman y est présenté comme le “maître de cérémonie de la soirée“, chargé d’introduire tous les invités.

Ironie de l’histoire, et alors que le soulèvement syrien allait débuter un mois plus tard, Mike Holtzman venait y présenter “Le Scorpion d’Argent“, une bande dessinée qui raconte l’histoire d’un jeune arabe amputé des deux jambes après avoir sauté sur une mine antipersonnel, écrite par de jeunes handicapés américains et syriens, et produite par l’ONG Open Hands Initiative -dont Mike Holtzman fait partie du comité consultatif- afin d’ouvrir “une nouvelle phase diplomatique” entre les États-Unis et les pays arabo-musulmans…

“Il n’est pas nécessaire de détruire le pays”

Les Syria Files révèlent un autre document, encore plus embarrassant : le 19 mai 2011, Mike Holtzman envoyait en effet à Fares Kallas, proche collaboratrice d’Asma al-Assad, un “Memorandum” intitulé “analyse de la communication de crise“, lui expliquant ce qu’il conviendrait de faire pour que l’image de la Syrie ne soit pas trop entachée par la répression, qui avait débuté deux mois plus tôt :

Il est clair, au vu des déclarations du gouvernement américain depuis le début des manifestations en Syrie, que l’administration Obama veut la survie du régime actuel. Contrairement à ses réactions aux manifestations dans d’autres pays de la région, il n’y a eu aucune demande de changement de régime, ni d’intervention militaire.

Le mémorandum n’en souligne pas moins que la position des États-Unis pourrait évoluer en fonction, notamment, de la couverture médiatique, tout en déplorant l’approche déséquilibrée de la communication” de la Syrie depuis le début de la “crise” :

S’il est nécessaire de se reposer sur un pouvoir fort afin de réprimer la rébellion, le soft power est nécessaire pour rassurer le peuple syrien ainsi que le public extérieur sur le fait que la réforme se poursuit rapidement, que les griefs légitimes sont pris en compte et au sérieux, et que les actions de la Syrie visent essentiellement à créer un environnement dans lequel le changement et le progrès peuvent avoir lieu.

Début mai, alors que Michael Hotzman rédigeait ce mémorandum, les ONG estimaient que plusieurs centaines de personnes avaient d’ores et déjà été tuées par l’armée, et que des milliers avaient été arrêtées. Hotzman se borne, lui, à alerter le président syrien sur les risques de dérive et d’instabilité si d’aventure les manifestants étaient renvoyés chez eux par la peur plutôt que par “la conviction que leur gouvernement est sensible à leurs préoccupations” :

La Syrie semble communiquer avec deux mains. Une qui propose la réforme, l’autre l’autorité de la loi. L’autorité de la loi est un poing. La réforme une main ouverte. A ce jour, le poing semble, pour l’opinion publique internationale, et probablement pour de nombreux Syriens, 10 fois plus fort que la main tendue. Elles doivent être mieux équilibrées.

Brown Lloyd James propose ainsi au président syrien de communiquer plus souvent, tout en estimant “nécessaire que la First Lady rentre dans le jeu : la clef est de montrer force et sympathie en même temps“, comme ce fut le cas avec les précédents papiers de “Vogue” et de “Paris Match“.

La société de conseil propose également de lancer une campagne de presse internationale expliquant les difficultés rencontrées par Bachar al-Assad dans sa volonté de réforme, mais également d’améliorer sa communication “sur le plan de la sécurité“, en le montrant prendre des sanctions publiques envers les forces de sécurité qui, ne respectant pas ses ordres, tirent sur des civils désarmés.

Cela permettrait de montrer sans équivoque possible que toute personne qui enfreint la loi – qu’il s’agisse de manifestants ou de soldats – devront faire face à leurs responsabilités.

Afin de contrer la mauvaise publicité faite par les “figures de l’opposition syrienne” vivant à l’étranger, mais également de contrecarrer le “torrent quotidien de rumeurs, de critiques et de mensonges“, Brown Lloyd James propose également de mettre en place une cellule de veille 24h/24 afin de surveiller les médias, voire de contre-attaquer :

Les réseaux sociaux devraient être surveillés et les faux sites poursuivis en justice et effacés.

En conclusion, Brown Lloyd James suggère d’en appeler au patriotisme des Syriens afin de mettre l’accent sur le fait qu’”il n’est pas nécessaire de détruire le pays pour atteindre l’objectif partagé par tous : vivre dans un pays libre et prospère“, et met l’accent sur deux recommandations :

. reconnaître que la violence qui a lieu en ce moment est regrettable. Mais ce ne sont pas les responsables syriens qui l’ont cherché. Ses dirigeants sont obligés de protéger la Syrie, afin de créer les conditions de calme nécessaire à la mise en place de la réforme.
. continuer à exprimer sa confiance dans l’avenir, et dans le fait que la crise est sur le déclin.

“On ne tue pas sa population”

Début janvier 2012, Fares Kallas, à qui avait été adressé le mémorandum de Mike Holtzman, faisait fermer 11 faux comptes Twitter usurpant l’identité du couple al-Assad (@FirstLadysyria, @Asma_AlAssad, @Bashar_alAssad, @SyrianPresident, etc.).

En mars 2012, le quotidien britannique The Guardian révélait des échanges d’e-mail entre Sheherazad Jaafari et Mike Holtzman, son “ancien chef” chez Brown Lloyd James.

Dans ces emails, datés du 11 janvier 2012, la fille de l’ambassadeur de Syrie aux Nations Unies, devenue conseillère en communication des époux al-Assad, évoque un meeting à Damas où Bachar al-Assad martela, devant des dizaines de milliers de supporters, qu’il voulait faire du rétablissement de la sécurité “la priorité absolue“, promettant de frapper les “terroristes” d’une main de fer :

Je suis venu pour puiser la force auprès de vous. Grâce à vous, je n’ai jamais ressenti la faiblesse. Nous allons triompher sans aucun doute du complot. Leur complot approche de sa fin, qui sera la leur aussi.

Dans cette série d’emails, Sheherazad écrit à Mike que “cet homme est aimé par son peuple“, ce à quoi le communiquant américain lui répond “je suis fier de toi. J’aimerais être là pour (vous) aider“, avant de préciser :

Nous avons besoin d’une nouvelle politique américaine. Quels idiots.

Ce jour-là, le journaliste Gilles Jacquier du magazine télévisé Envoyé spécial était tué à Homs pendant un tournage autorisé par les autorités syriennes. Et la répression avait d’ores et déjà fait plusieurs centaines de morts, et des milliers de Syriens avaient été arrêtés, et torturés.

Sheherazad Jaafari est depuis tombée en disgrâce, et retournée aux États-Unis, pour avoir tenté de mettre en pratique les conseils de son “ancien chef“.

D’autres emails, obtenus par Anonymous et publiés en février 2012 par Haaretz, révèlent en effet qu’elle avait expliqué à Bachar al-Assad que “la psyché américaine peut facilement être manipulée“, afin de le préparer à la désormais célèbre interview où il allait déclarer à la télévision américaine ABC qu’”il n’y a pas eu d’ordre demandant de tuer ou d’être violent“, et qu’il avait “fait de son mieux pour protéger la population“, contestant le chiffres de 4000 morts dressés par l’ONU, pour affirmer que “la majorité” des personnes tuées étaient “des partisans du régime et non l’inverse” :

«On ne tue pas sa population… Aucun gouvernement dans le monde ne tue son propre peuple, à moins d’être mené par un fou.»

L’affaire a rebondi début juin avec la publication dans le Telegraph d’autres e-mails échangés cette fois entre Sheherazad Jaafari et Barbara Walters, la journaliste qui avait interviewé Bachar al-Assad pour ABC, révélant comment cette dernière avait cherché à pistonner la jeune syrienne afin qu’elle soit embauchée par CNN, ou qu’elle intègre la Columbia School of Journalism… ce qui a poussé la vénérable journaliste, prise en flagrant délit de conflit d’intérêts, à présenter ses excuses.

Mike Holtzman, si prompt à aider ses clients, dictateurs compris, à manipuler la presse, a toujours refusé de répondre aux questions des journalistes.


Enquête réalisée avec Pierre Leibovici (@pierreleibo sur Twitter).

Voir aussi : Que devient Asma Al-Assad « une rose dans le désert » ? sur Bakchich, et la réponse de BLJ qui explique au WashingtonPost et à Foreign Policy ne pas avoir été payé pour ce mémo, qui constituait un “dernier effort (visant) à encourager une issue pacifique plutôt que violente“.

Voir, enfin, Comment Vogue s’est « fait avoir » par Asma el-Assad où Joan Juliet Buck, qui a depuis quitté Vogue, explique comment elle a été piégée par l’agence de com’, et la direction de Vogue…

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Assange interroge les révoltes arabes http://owni.fr/2012/05/08/assange-interroge-les-revoltes-arabes/ http://owni.fr/2012/05/08/assange-interroge-les-revoltes-arabes/#comments Tue, 08 May 2012 09:15:30 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=109489

Nouvelle interview de Julian Assange sur RT, anciennement Russian TV, la télévision proche du Kremlin. Pour le quatrième épisode de “The World Tomorrow”, le fondateur de WikiLeaks a choisi d’interroger deux activistes arabes, l’Egyptien Alaa Abd El-Fattah et le Bahreïni Nabil Rajab.

Samedi, Nabil Rajab, régulièrement harcelé par les forces de sécurité, a été arrêté, probablement en raison de la diffusion aujourd’hui de son interview aujourd’hui a avancé WikiLeaks. L’organisation a décidé de la maintenir et d’en profiter pour attirer l’attention sur la répression des activistes au Bahreïn. L’organisation de Julian Assange proposait dès dimanche aux médias intéressés une transcription de l’interview, réalisée le 29 février.

La révolution en cours au Bahreïn

Après le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, pour la grande première, le conservateur américain David Horowitz et Slavoj Zizek pour le deuxième épisode, le président tunisien Monzef Marzouki pour le troisième, “The World Tomorrow” poursuit sa plongée dans le monde arabe.

À l’exemple tunisien, “sans doute le plus fructueux” dit Assange, s’oppose l’Égypte dont “le gouvernement n’est pas exactement tombé pour l’instant” commente l’activiste Alaa Abd El-Fattah. Et surtout le Bahreïn qui “n’est pas un échec” pour Nabil Rajab, car la révolution “y est encore en cours” :

Elle a un prix et nous devons payer ce prix. Le coût sera peut-être très élevé, nous avons déjà payé beaucoup mais nous voulons continuer afin d’obtenir les changements pour lesquels nous nous battons. (…) Beaucoup ont été tués comparé à la population du pays [Environ 1,2 million, NDLR], beaucoup plus qu’en Égypte ou en Tunisie. Le nombre de personnes emprisonnées aussi est bien plus élevé par rapport à la population. Des gens ont été renvoyés de leur travail, des gens ont été torturés systématiquement, des gens ont été tués, des mosquées détruites, des maisons mises à sac…

Dans ce panorama moyen-oriental, où Assange s’étonne d’entendre de la musique au début de l’interview réalisée par Skype – “l’appel à la prière” corrige Alaa Abd El-Fattah en direct du Caire – le fondateur de WikiLeaks interroge longuement ses deux invités sur leur passé, leur parcours de militant, mais aussi sur ses lubies : l’impérialisme américain et l’hacktivisme (et sa sainte trinité Facebook, Twitter, WikiLeaks ; Amen).

À propos de l’oncle Sam, Assange demande à ses invités s’ils sont d’accord avec les néo-conservateurs américains. L’invasion américaine en Irak fut-elle le printemps qui annonça neuf ans plus tard les révolutions arabes ? Non, répondent à l’unisson les deux activistes. Nabil Rajab :

Hé bien, c’est assez drôle. Les Américains n’étaient même pas préparés à ces révolutions en Tunisie et en Égypte. (…) Ils n’ont pas soutenu la révolution égyptienne de la même façon qu’ils ne l’avaient pas soutenue en Tunisie. Quand ils ont réalisé que c’était un fait, qu’elle allait se produire avec ou sans eux, ils ont été forcés de se positionner, au risque de faire de ces nouveaux gouvernements des ennemis dans le futur. (…) Ces régimes dictatoriaux répressifs ont été soutenus et renforcés toutes ces années par les Américains. Ils étaient leurs agents dans notre région. (…) Aujourd’hui, les Américains sont contre la démocratie au Bahreïn.

Même refus pour Alaa Abd El-Fattah, pour qui l’invasion américaine a pu jouer un rôle dans le déclenchement des révoltes arabes, mais pas dans le sens que Dick Cheney prétend :

[L'invasion américaine en Irak] a définitivement retiré la dernière once de légitimité aux régimes arabes qui n’ont pas réussi à protéger l’Irak.

Et de rappeler les manifestations en opposition à la guerre en 2003 au Caire, vivement réprimées, qui s’étaient retournées contre Moubarak, potentat jugé trop atlantiste.

Critique de l’impérialisme donc, mais aussi de théories plus ou moins étayées sur les véritables causes de ces révoltes. En creux, les deux activistes réfutent la thèse d’un soutien de Washington par fondations interposées, comme la National Endowment for Democracy (NED) qui a financé Canvas en Serbie, où avaient séjourné des membres d’un groupe d’activistes égyptiens quelques temps avant la révolution.

D’autant que le NED est soupçonné d’avoir également financé le Bahrain Centre for Human Rights auquel appartient Nabil Rajab. Lui dément avoir reçu le moindre dollar du gouvernement américain. En revanche, il reste plus évasif sur les dollars de la société civile, quel qu’en soit le pays d’origine et son circuit, fût-ce via d’éventuelles fondations destinées à leur ôter toute couleur politique.

Les récits des révolutions

Pour Washington et sa secrétaire d’État Hillary Clinton, les révolutions ont été victorieuses grâce “à deux grandes entreprises américaines, Twitter et Facebook” lance Julian Assange, cabotin, avant de partir d’un rire partagé avec ses invités. Une apostrophe certes, qui permet tout de même à l’activiste égyptien de développer sa pensée sur le rôle, tant commenté, des réseaux pendant la révolution.

La révolution se joue tant dans les rues que dans les récits qui en sont fait, explique-il. Dans cette concurrence des récits de la révolution, quelle est vraiment la place, si disputée, de la génération Facebook ? Il répond, lucide et introspectif :

Ces jeunes gens aisés de la classe moyenne, très éduqués, connectés à Internet, ont joué un rôle important dans la révolution et ils ont été, pour des raisons tout à fait tactiques, les symboles de la révolution. On avait besoin que le monde entier aime cette révolution égyptienne ! (…) Hillary Clinton ne défendait pas seulement les entreprises américaines, elle défendait un récit écrit pour arrêter la révolution, pour ne pas qu’elle aille plus loin que Moubarak. Mais Twitter et Facebook ont quand même été très utiles.

Le Bahreïn offre un autre visage de l’hacktivisme. Non seulement parce que le Bahreïn est “le pays le plus actif sur Twitter dans le monde arabe”, mais parce que le gouvernement aussi est l’un “des plus intelligents dans son utilisation” des réseaux sociaux détaille Nabil Rajab. Selon lui, le gouvernement emploie des entreprises de relations publiques pour gérer son image sur les réseaux et diffuser sa propagande. Des community managers de la famille régnante du Bahreïn, la famille Al-Khalifa, qui “créent une fausse opinion publique, la trompent, montrent une réalité différente de celle qui existe réellement dans le pays.”

Le gouvernement du Bahreïn a essayé d’apprendre et riposte en utilisant les mêmes outils.

Le cyberutopisme semble bien loin et le scepticisme d’Eygeny Morozov plus que jamais d’actualité : les hacktivistes utilisent les réseaux sociaux, les dictatures aussi. Pour diffuser de la propagande, pour surveiller la population comme les exemples libyen et syrien ont achevé de le démontrer. La répression existe, déplore Nabil Rajab, elle est terrible (“des activistes sur Twitter ont été emprisonnés, certains torturés à mort”) mais au moins, de plus en plus de personnes investissent les réseaux sociaux et Internet, même sa mère – et celle d’Assange s’empresse d’ajouter celui-ci.

Comme à son habitude, le fondateur de WikiLeaks a joué de sa proximité avec les activistes, en raison des ennuis judiciaires qu’il connaît.

Alaa Abd El-Fattah : Alors dans quel pays vas-tu être emprisonné ?

Assange : Hé bien, c’est une question intéressante… En ce moment, assigné à résidence au Royaume-Uni, peut-être un peu en prison ici aussi, peut-être emprisonné en Suède, et peut-être aux États-Unis. Et toi, Bahreïn ?

Nabil Rajab : Je peux vous proposer le Bahreïn.

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Anonymous promet une Révolution 404 http://owni.fr/2012/04/25/anonymous-promet-la-revolution-404/ http://owni.fr/2012/04/25/anonymous-promet-la-revolution-404/#comments Wed, 25 Apr 2012 16:33:12 +0000 Rodolphe Baron http://owni.fr/?p=107924

Après la publication sur le web de 3 500 courriels provenant des boîtes mails de membres du Gouvernement transitoire tunisien, des Anonymous lance un ultimatum au pouvoir en place.
Le collectif de hackers appelle la population à manifester le 1er mai, avenue Habib-Bourguiba à Tunis. Des Anonymous déclarent une “guerre ouverte” aux salafistes tunisiens qu’ils accusent de s’être fournis en armes via la Libye fin 2011. La manifestation devrait remonter l’avenue jusque devant le ministère de l’Intérieur.

L’objectif annoncé est de convaincre le Gouvernement transitoire de faire marche arrière sur le projet de lutte contre la cybercriminalité qui prévoit un contrôle accru d’Internet. Le projet est en marche. Le Gouvernement souhaite maintenir et réformer l’Agence tunisienne d’Internet, déjà en fonction sous Ben Ali et annonce la création de commissions chargées d’assurer la sécurité “des tunisiens sur l’Internet“. Ces dernières, qui accueilleront des spécialistes des télécoms formés au ministère de l’Intérieur, sont perçues comme un retour à l’ère de la censure. Des Anonymous ont indiqué à OWNI posséder des preuves accréditant une telle hypothèse :

Nos investigations ont confirmé qu’il s’agit d’un stratagème mis en place par le ministère de l’Intérieur en date du 29 Mars 2012 afin de contrer toute opposition au parti Ennahda. Ce plan n’a pour but que de reprendre la main sur internet, puis [sur] les médias, [et] donc contrôler à nouveau ,comme à l’ère de Ben Ali, les libertés d’expression.

Le terme de cybercriminalité, à l’image du terrorisme, reste toujours flou. Il peut signifier une amélioration de la sécurité des sites Internet publics pour limiter les attaques informatiques et le pillage d’informations sensibles comme il peut, a contrario, concerner les échanges d’informations sur la toile (activités sur les réseaux sociaux, emails, sites visités etc…).

Avant Révolution de Jasmin, la censure de l’Internet tunisien était répandue et exercée par Ammar 404. Un mystérieux flic du web souvent associé à l’Agence tunisienne d’Internet sans laquelle il n’aurait pu agir sur les sites portants “atteintes aux bonnes moeurs”. Le dispositif de cyber-répression pouvait consister à intercepter des emails de citoyens tunisiens et disposait de moyens techniques suffisants pour filtrer la quasi-totalité de l’Internet du pays, l’un des plus actifs d’Afrique du Nord.

Au cours des années Ben Ali, des centaines de blogs et de pages web ont ainsi été fermés parce qu’ils défiaient le régime et ses dirigeants. C’est en référence à Ammar 404 que les Anonymous ont intitulé leur opération la “Révolution 404″

La mobilisation du peuple tunisien voulue par des Anonymous intervient dans un contexte houleux. Malgré la décision, début avril, par le ministère de l’Intérieur, d’autoriser à nouveau les manifestations sur l’axe principal de la capitale, Human Rights Watch considère l’acte encore “insuffisant pour protéger le droit de rassemblement et de réunion” et pointe du doigt “l’usage excessif de la force contre les manifestants“.

D’autant que plusieurs affaires judiciaires sur fond de religion sont en cours dans le pays. Le procès de Nabil Karoui, directeur de la chaîne Nessma TV, pour “atteintes aux valeurs du sacré” qui avait repris depuis le 19 avril, vient d’être reporté au 3 mai prochain.

Il est accusé d’avoir autorisé, en octobre 2011, la diffusion du film d’animation “Persepolis”, primé à Cannes en 2007, où dieu est représenté sous les traits d’un vieil homme à la barbe blanche. Le film avait suscité de vives réactions au sein de la population donnant lieu à des émeutes puis à un sit-in depuis le 2 mars dernier qui s’est achevé récemment.

Fin mars déjà, des peines de sept ans d’emprisonnement avaient été prononcées à l’encontre de deux Tunisiens pour publication de documents “de nature à nuire à l’ordre public ou aux bonnes moeurs“. Lesquels caricaturaient la biographie et l’image du prophète Mahomet.

Le statut des médias nationaux fait également débat dans le pays. Dans un communiqué, l’Instance nationale pour la réforme de l’information et de la communication (Inric) a indiqué son désaccord quant à la “privatisation des médias publics”.

Cette réaction intervient quelque jours seulement après des déclarations à la presse de dirigeants du parti islamiste Ennahda, première force politique du pays, exprimant l’intention de “prendre des mesures radicales dans le domaine de l’information”. Rached Ghannouchi, président d’Ennahda, majoritaire à l’Assemblée constituante, s’est interrogé dans une récente interview “pourquoi les régimes démocratiques maintiendraient-ils des médias officiels ?” avant d’accuser ces mêmes médias de “comploter contre la volonté du peuple“.

L’Inric rappelle que les médias de service public participent “grâce à leur indépendance et à leur neutralité à l’égard de tous les centres de pouvoir” au jeu démocratique consistant “à développer la conscience du citoyen”.

De son côté, Anonymous n’a pas l’intention de faire marche arrière sur la question du contrôle du web par le Gouvernement :

Ce peuple qui a dit non a Ben Ali , ce peuple qui a créé le Printemps Arabe, ce peuple qui a pleuré le jour où l’on a touché à son drapeau, n’acceptera plus jamais la soumission.

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Tweet saoudien de lèse-majesté http://owni.fr/2012/04/02/tweet-de-lese-majeste/ http://owni.fr/2012/04/02/tweet-de-lese-majeste/#comments Mon, 02 Apr 2012 21:00:31 +0000 Rodolphe Baron http://owni.fr/?p=104440

Avec plus de 200.000 abonnés, un grand nombre de Saoudiens ont déjà entendu parler de @Mujtahidd. Depuis plus de trois mois, ce twittos saoudien dénonce le train de vie du pouvoir en place, les trafics et les collusions diverses de la famille régnante des Al Saud, et leurs combines avec les grandes capitales occidentales. Lesquelles en contre-partie se montrent très arrangeantes avec son fondamentalisme religieux à visée internationale. Traqué sur la toile par le régime, @Mujtahidd multiplie les révélations avec une démarche influencée par la culture Wikileaks. Entretien.

Comment vous présenteriez-vous ? Qu’est-ce que @Mujtahidd ?

Mujtahidd est un symbole dans une lutte soutenue contre la corruption sale. Un combat qui commence avec la dénonciation de ceux qui sont corrompus et s’achève avec leur suppression. Mujtahidd n’a pas besoin de réveler son identité dans le but d’atteindre cet objectif. En effet, pour de mutliples raisons, rester anonyme peut constituer un avantage.

Votre pseudonyme sur Twitter, @Mujtahidd renvoie-t-il  à Mujtahid, celui qui prononce une interprétation personnelle sur un point de droit dans l’islam ?

Oui et non. Oui, l’orthographe est la même et non car il y a une signification générale. Mujtahid, en général, c’est quelqu’un d’engagé qui fait de son mieux avec responsabilité et sincérité. Premièrement, je fais de mon mieux pour vérifier l’exactitude des informations. Deuxièmement, je décide si cela peut être publié. Troisièmement, je décide comment le publier.

Quel est votre point de vue sur les dirigeants de l’Arabie Saoudite, et la manière dont ils gouvernent ?

Les dirigeants du pays ne s’intéressent pas à son bien-être. Ils sont intéressés par leur propre autorité et leurs privilèges. C’est pourquoi toutes les ressources du pays sont à leurs services. C’est aussi pourquoi le pays souffre de la pauvreté, du chômage, de la criminalité et d’une fracture sociale  en dépit de ses énormes ressources.

Avez-vous des exemples précis pour illustrer cette description ? Quels privilèges dénoncez-vous ?

J’ai écrit des milliers de tweets à ce sujet. En les lisant, vous verrez les rois européens à l’époque du Moyen Âge. Les Al-Saoud traitent le pays comme leur propriété. Le pays, ses ressources, son identité, sa culture, son histoire, tout leur appartient.

La presse saoudienne fait-elle son travail ? Ou sont-ils aussi touchés par la corruption ?

Ils sont controlés par le régime. Toute la presse saoudienne attaque Mujtahid. Le régime a décidé d’élargir l’espace de liberté dans le but de diminuer le role d’Internet et de la télévision par satellite.

Sur Twitter, vous avez plus de 280.000 followers. De quelle façon Twitter constitue-t-il une plate-forme pour dénoncer la corruption et le mode de vie des dirigeants saoudiens ?

Twitter est un moyen beaucoup plus facile et plus rapide pour diffuser un message que les autres réseaux sociaux. C’est plus simple pour vos followers de prendre conscience de votre message et c’est également plus facile d’y interagir. Peut-être que ces caractéristiques font de Twitter un outil efficace pour permettre à une personne sans ressources de réaliser ce que l’on ne pourrait pas faire sans avoir un système de propagande.

Vous êtes souvent comparé à un Wikileaks version saoudienne. Pourquoi faire ces révélations ? Pourquoi prendre ces risques ? Pourquoi vous ?

Parce que je dispose des informations nécessaires et je suis capable de les utiliser de manière efficace pour obtenir le résultat que j’ai mentionné précédemment.

Vous vous en prenez régulièrement au Prince Abdel-Aziz Ben Fahd, pourquoi ?

J’ai commencé avec lui. En matière de corruption financière, il est définitivement le pire. Il a grandi quand son père jouissait d’une autorité absolue avant les premières oppositions relayées par l’Internet et la télévision par satellite. Il avait carte blanche pour faire tout ce qu’il voulait sans la moindre surveillance.

Le connaissez-vous personnellement pour en savoir autant sur lui ?

Je sais tout ce que je publie sur lui.

Souhaitez-vous que l’Arabie Saoudite s’engage sur un chemin démocratique comme l’ont fait la Tunisie puis l’Égypte ?

Cette décision revient au peuple. C’est lui qui décide. Mais si le régime se plie aux demandes de réformes, c’est le meilleur scénario.

Pensez-vous que le régime actuel puisse l’accepter ?

Le régime actuel est à l’abri des réformes. C’est irréformable. Je connais très bien la structure de la famille royale. Les membres les plus importants ne veulent pas de réforme et les membres potentiellement bons n’ont aucune autorité.

Comment pensez-vous être perçu par les saoudiens ?

L’un de mes fans a mené une enquête. La grande majorité croit ce que je dis et pense que j’agis pour de bonnes raisons. La majorité pense également que Mujtahid est une équipe emmenée par une personne très instruite. 12% des 10 000 personnes qui ont répondu à l’enquête ne croit pas que ce que je dis est vrai.

Le pouvoir saoudien cherche-t-il a vous faire taire ?

On m’a proposé des pots-de-vin pour que j’arrête. S’ils pouvaient me localiser physiquement, ils m’arrêteraient. Mon compte Twitter et mon email font constamment l’objet de tentatives de hacking. Mais ce qu’ils font tout le temps, c’est d’utiliser leurs agents pour me mentionner de façon négative sur Twitter. Cela ne fonctionne pas bien et l’enquête en est la preuve.

Est-ce que des saoudiens vous contactent sur Twitter pour vous poser des questions sur le train de vie des dirigeants ou vous fournir des informations ?

Je reçois des mails en tout genre : Informations, commentaires, questions et insultes.

En 2011, le Prince Al-Walid Ben Talal a investi 300 millions de dollars dans Twitter. Demain, s’ils vous empêchent de twetter, que ferez-vous ?

Non. Pour ce que j’en sais, cet investissement ne changera rien à la politique de Twitter. Si cela change, un autre réseau le remplacera.


Illustration par Surian Ssoosay (cc)

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Une force syrienne libérée http://owni.fr/2012/02/20/une-force-syrienne-liberee/ http://owni.fr/2012/02/20/une-force-syrienne-liberee/#comments Mon, 20 Feb 2012 00:32:20 +0000 Hédi Aouidj http://owni.fr/?p=99114

Le capitaine Amar Abdallah Ouawi en février 2011, Syrie. Cc Hédi Aouidj pour Owni

Plusieurs contacts avec les membres de l’Armée syrienne libre (Jaish al Hor en arabe) regroupés en Turquie nous ont permis de confirmer son rôle au sein du commandement du mouvement militaire. La semaine dernière, après plusieurs rendez-vous manqués, il se présente finalement en début de soirée. Une voiture s’arrête brutalement, nous sommes invités à monter. Ils sont trois, un chauffeur et un garde du corps – son neveu – les yeux aux aguets. Ils nous amènent dans un lieu sûr. Nous sentons un homme épuisé, mais d’une détermination sans faille. Tout dans son attitude et son regard indique le militaire de carrière. Il accepte de parler à visage découvert.

Qui êtes-vous ?

Je suis le capitaine parachutiste Amar Abdallah Ouawi. J’étais membre d’une unité de forces spéciales chargé des reconnaissances. J’ai passé 13 ans dans l’armée. Je viens des alentours de Hama [centre Ouest de la Syrie, NDLR].

Pourquoi avez-vous fait défection ?

Parce que l’armée tuait les gens. Quand nous rentrons dans l’armée nous faisons le serment de protéger le peuple et la patrie, pas de recourir à la violence contre elle.

Comment avez-vous fait défection ?

J’étais basé à Deraa, pas loin de la frontière israélienne, c’est là que doit être l’armée, pour protéger les frontières. J’ai pris normalement mon service, j’ai ensuite loué une voiture, je suis passé prendre ma femme et ma fille, je me suis ensuite rendu directement dans le Djebel Zaouia. J’ai ensuite appelé ma famille pour lui dire que j’avais fait défection. J’ai une fille qui est née il y a 2 mois dans le Jebel, alors que nous étions encerclés par les Mukhabarat [Les services de sécurité syriens, NDLR]. Ils ont arrêté mes deux beaux-frères. Un est détenu par les renseignements militaires, l’autre à la mairie d’Alep.

Quelle est la situation militaire ?

Les forces armées syriennes sont à bout. Elles sont doucement en train de s‘effondrer. La plupart des soldats n’ont plus le moral. Le corps des officiers a peur. De nombreux soldats font défection, entre 50 et 100 par jour. Ils sont généralement aidés par la population.

De quel armement disposez-vous ?

Nous n’avons que des kalachnikovs et quelques RPG [Lance-roquettes, NDLR].

Quelle est votre réaction à la dernière initiative de la ligue arabe et de la communauté internationale ?

L’Algérie, l’Irak et le Soudan nous ont déçus, le Hezbollah aussi. Les pays arabes ont peur de l’Iran. Ils pensent que l’armée est capable d’écraser la révolution. Nous sommes heureux en revanche des initiatives de la France, de la Grande-Bretagne et des Européens qui veulent mettre en place un groupe des amis de la Syrie. Nous attendons de ces derniers une aide humanitaire et militaire, nous avons besoin d’armes. En revanche, je veux qu’ils sachent que les élections en France et aux États-Unis tuent des gens en Syrie, par l’inaction qu’elles entraînent. Je veux remercier la Turquie qui a été le premier pays à recevoir des réfugiés et à les aider. Nous n’avons cependant reçu qu’une aide humanitaire de sa part. Le régime syrien est directement soutenu sur le terrain par le corps des gardiens de la révolution iranienne. Ils ont des snipers entraînés qui tuent les troupes qui ne tirent pas sur la population. Il y a aussi des officiers russes dans les états-majors, notamment le colonel Blafoks, chargés des importations d’armes russes en Syrie.

Vous sentez-vous en sécurité en Turquie ?

Je ne me sens en sécurité que dans les camps, le régime de Damas a des yeux partout. Il y a beaucoup de ressortissants alaouites [membre de la communauté religieuse des Alaouites, à laquelle appartient le président Bachar al-Assad, NDLR] dans cette région.

Que va-t-il se passer après la révolution ?

Tous ceux qui ont du sang sur les mains, même les docteurs, seront jugés et punis selon la loi.

En Syrie, la violence continue. (CC) Ssoosay/Flickr

Que s’est-il passé à Alep le 17 février dernier ?

Je suis responsable de la cellule d’Alep, je sais très bien ce qui s’est passé. Tirant les leçons du massacre d’Homs, cette fois-ci, l’armée a pris les cartes d’identités des gens qu’elle avait tués et a mis les cadavres devant un bâtiment. La bombe a explosé à 9 heures du matin pour couvrir ce massacre. Et également servir d’excuse pour faire entrer l’armée à Alep. Le bâtiment visé est un centre de renseignement dont les effectifs sont de 2500 personnes, à cette heure il y a même sur place une réunion quotidienne. Il y aurait dû avoir au moins 300 morts. La sentinelle n’a même pas été tuée. La télévision était sur place tout de suite et 30 minutes après et toutes les preuves ont été nettoyées. Ce sont des tueurs. Ce sont eux qui ont tué Hariri, ce sont eux qui ont tué Ghazi Kahan (ancien responsable des services syriens au Liban pendant l’occupation syrienne au pays du Levant).

Qu’en est-il du général médecin Issa Al Khouli, un serviteur du régime, tué à Damas lors d’une opération menée par trois hommes – et que certains attribuent à des réseaux islamistes présents en Syrie ?

Toutes les personnes qui sont contre la révolution sont des cibles légitimes, je ne dis pas que nous sommes responsables de cette action.

Quelles sont les relations entre l’Armée libre et le Conseil national syrien ?

Nous sommes deux entités nées de la révolution. Nous ne sommes pas d’accord, il n’y a pas de support financier. Nous ne sommes pas coordonnés, nous nous voyons, c’est tout. Ceci est mon opinion personnelle et non celle de l’Armée libre syrienne. Cela divise inutilement la résistance.

Que va-t-il se passer dans les semaines à venir ?

L’armée syrienne va utiliser des avions, des hélicoptères. Ils vont faire usage d’armes chimiques qu’ils ont achetées aux Russes. Il va y avoir un massacre terrible. Ils ont attaqué le camp palestinien Al Rum, à Lattaquié avec des canons de marine, c’est un avant-goût. Nous avons réussi à en abattre (des hélicoptères) à Idlib, Rastan et dans le Djebel Zaouia, autour de Jisr Al Chourour.

Ce que vous dites est terrible…

J’espère que le support européen va arriver. Regardez ce qui s’est passé en Bosnie. Ce régime est comme les Serbes qui tuaient des Bosniaques. Maintenant ils tuent des sunnites à Homs.

Craignez-vous des infiltrations du régime ?

En décembre deux Iraniens se sont présentés à nous prétendant travailler pour Al Jazeera en anglais. Ils sont allés dans la Djebel Zaouia, ils ont été reçus par les gens. Ils ont pu tout voir. Deux jours après, c’était le massacre de Kafr Owayid.

Quels sont vos modèles dans l’histoire ?

La révolution française, j’espère que les prisons de Sednaya et de Palmyre seront nos Bastilles. Nous nous sommes appelés l’Armée syrienne libre en référence aux Forces françaises libres de la seconde guerre mondiale.


Photo de Hédi Aouidj (CC) pour Owni. Édité par Ophelia Noor. Illustration par Ssosay (CC-BY)

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La marche égyptienne sur YouTube http://owni.fr/2012/01/31/marche-egyptienne-sur-youtube/ http://owni.fr/2012/01/31/marche-egyptienne-sur-youtube/#comments Tue, 31 Jan 2012 12:27:29 +0000 Brice Lambert et Marion Lippmann http://owni.fr/?p=96475 La photo d’un soldat tabassant un civil flotte dans les airs. Entourées d’une centaine de personnes, deux jeunes femmes brandissent fermement l’image. Une passante, choquée, fonce sur elles et hurle :

Partez, partez ! On ne veut pas de vous ici !

Vendredi, 19 heures, sur la place du marché d’Ard El Lewa, un quartier populaire de Gizeh, l’ambiance est électrique. Un écran, érigé au centre de la place, diffuse des vidéos de militaires qui brutalisent des civils. Certains piétons, intrigués, s’arrêtent pour regarder. D’autres, anxieux, préfèrent passer leur chemin. De grosses enceintes diffusent un son puissant, qui peine a masquer les bruits des cafés et des vendeurs d’oranges.

Menteurs

Depuis trois semaines, des dizaines d’événements semblables investissent les rues du Caire, d’Alexandrie ou d’Assiout. Tous relèvent de l’initiative “Kazeboon”, comprendre “Menteurs”. Le projet est simple : organiser des projections de vidéos sur la voie publique pour attiser la curiosité des passants et “rétablir la vérité” sur les confrontations entre civils et militaires. Désormais, la révolution se joue à coup de vidéo-projecteurs et de clips estampillés YouTube.

Après la diffusion d’une vidéo par le Conseil suprême des forces armées (CSFA) montrant des civils en train de défoncer consciencieusement un bâtiment, des jeunes ont réagi à ce qu’ils considèrent comme une manipulation en projetant à leur tour des vidéos chocs. Au détour des rues du Caire, des écrans montrent ainsi des militaires armés qui tirent sur des jeunes, qui asphyxient les manifestants à la lacrymo ou qui frappent à coups de bâton des femmes à terre.

Sur la place du marché, la tension monte et les débats sont passionnés. Les slogans volent, les insultes aussi. “A bas le CSFA !”. “Taisez-vous, c’est vous les menteurs !”. “Arrêtez avec vos bêtises, laissez-nous vivre en paix !”, lance un père accompagné de ses enfants. Mais la vingtaine d’organisateurs ne se laisse impressionner ni par l’hostilité de certains passants furieux, ni par le risque de représailles de l’armée. “Je ne céderai pas à la peur, car il faut bien que certains d’entre nous agissent” assure Wahel Mohamed, l’un des responsables de l’initiative.

Il sait pourtant que rares sont ceux qui restent assis pendant le générique dans ce genre de projections. Celle organisée quelques jours auparavant à Zamalek, un quartier huppé du Caire, avait par exemple dû être interrompue après seulement quelques minutes de diffusion, une dizaine de personnes ayant provoqué une bagarre au tout début de la séance. “Probablement des personnes payées par l’armée ou la police” suppose Ahmed El Lozy, journaliste et organisateur de l’événement.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Un an jour pour jour après les premiers soubresauts de la révolution égyptienne, initiée le 25 janvier 2011, le climat politique est à l’orage. Un fossé s’est en effet creusé entre les Égyptiens qui ne soutiennent plus la révolution et qui souhaitent un retour au calme et la minorité qui continue de manifester inlassablement pour réclamer le transfert du pouvoir aux civils. Et si les incidents entre manifestants et passants se multiplient lors des marches organisées dans les rues du Caire pour appeler les citoyens à se soulever, certains activistes admettent avoir une part de responsabilité dans ce rejet. Ahmed El-Lozy :

Nous ne sommes pas des criminels, c’est un mensonge du Conseil suprême des forces armées. Mais nous n’expliquons pas assez aux gens ce pour quoi nous nous battons. La seule chose qu’ils retiennent, ce sont les embouteillages que nous générons. Par ailleurs, les blogs, Twitter et Facebook, c’est très bien, mais les gens qui s’y intéressent sont déjà acquis à nos idées. Or, il est vain de se battre pour un état de droit si le peuple n’est pas derrière nous.

Pour renouer le lien avec la population, les activistes ont donc décidé de faire descendre YouTube dans la rue et de privilégier les actions de proximité. Dans les quartiers populaires, où l’accès à Internet est encore rare, des projections publiques sont organisées. Dans les quartiers plus riches, des DVD gravés sont distribués afin de permettre aux habitants de les visionner en toute discrétion. Des Comités de défense de la révolution sont présents dans chaque quartier du Caire.

Leurs membres vont à la rencontre des habitants, pour expliquer leurs revendications. “Souvent, lorsque ces gens réalisent qu’ils connaissent l’un des manifestants de la Place Tahrir, ils mettent un visage sur notre mouvement et cessent de nous voir comme une masse d’excités”, explique Wahel Mohamed, qui participe au Comité du quartier d’Ard El Lewa.

Les habitants eux-mêmes sont incités à devenir acteurs du mouvement : la page Facebook de Kazeboon appelle toute personne ayant été témoin de violences militaires à partager ses documents. Et l’initiative prend de l’ampleur, dépassant mêmes les frontières. Depuis deux semaines, Londres, Rome, Paris et les grandes villes américaines ou canadiennes ont vu débarquer sur leurs murs les vidéos de « Kazeboon ». Aucune n’était hébérgée sur Megavideo.


Initialement publié sur The Ground sous le titre Egypte : la révolution sera télévisée
Photos par Marion Lippmann et Brice Lambert, au Caire, Égypte.

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De Luther aux printemps arabes http://owni.fr/2012/01/09/luther-printemps-arabes-twitter-facebook/ http://owni.fr/2012/01/09/luther-printemps-arabes-twitter-facebook/#comments Mon, 09 Jan 2012 18:13:16 +0000 Xavier de la Porte http://owni.fr/?p=93506

Dans le cadre de sa lecture de la semaine sur Internet Actu, Xavier de La Porte propose un article passionnant de l’hebdomadaire britannique The Economist, intitulé “Comment Luther est devenu viral”.


C’est un récit qui nous est familier : après des décennies de grogne, une nouvelle forme de média donne aux opposants à un régime autoritaire le moyen de s’exprimer, de déclarer leur solidarité et de coordonner leurs actions. Le message protestataire se répand de manière virale dans les réseaux sociaux et il devient impossible de passer sous silence le poids du soutien public à la révolution. La combinaison d’une technologie de publication améliorée et des réseaux sociaux est un catalyseur pour le changement social, là où les efforts précédents avaient échoué. C’est ce qui s’est produit pendant le printemps arabe. C’est aussi ce qui s’est passé pendant la Réforme, il y a près de 500 ans, quand Martin Luther et ses alliés se sont emparés des nouveaux médias de leur temps – les pamphlets, les balades, et les gravures sur bois – et les ont fait circuler dans les réseaux sociaux pour promouvoir le message de la réforme religieuse.

Les chercheurs ont longtemps débattu de l’efficacité relative des médias imprimés, de la transmission orale et des images dans le soutien populaire à la Réforme. Certains ont mis en avant le rôle central de l’imprimerie, une technologie relativement neuve à l’époque. D’autres ont relevé l’importance des prêches et des autres formes de transmission orale. Plus récemment, les historiens ont mis en valeur le rôle des médias comme moyens de signaler et de coordonner l’opinion publique pendant la Réforme.

Printemps arabe, Réforme : une même appropriation médiatique

Aujourd’hui, l’Internet offre une nouvelle perspective dans ce débat au long cours, en soulignant que le facteur primordial n’était pas l’imprimerie elle-même (dans le paysage depuis 1450), mais plus largement le système des médias se partageant le long des réseaux sociaux – ce qu’on appelle aujourd’hui les “médias sociaux”. Luther, comme les révolutionnaires arabes, a compris très vite les dynamiques du nouvel environnement médiatique et a vu comment il pourrait y faire circuler son message.

Le début de la Réforme est en général daté du jour où Luther a cloué ses “95 thèses sur la puissance des Indulgences” sur la porte de l’église de Wittenberg, le 31 octobre 1517. Ces “95 thèses” étaient des propositions écrites en latin dont il voulait discuter, selon la coutume académique de l’époque, dans un débat ouvert au sein de l’université. Luther, alors obscur théologien, était outré par le comportement de Johann Tatzel, un frère dominicain qui vendait des indulgences dans l’intention de lever des fonds pour le projet de son patron, le Pape Léon X : la reconstruction de la basilique de Saint-Pierre de Rome. Cette manière de commercialiser sa place au Paradis était pour Luther le symptôme d’une nécessaire et conséquente réforme. Clouer une liste de propositions sur la porte d’une église était une manière habituelle d’annoncer un débat public.

Bien qu’écrite en latin, ces “95 thèses” causèrent un émoi immédiat, d’abord dans les cercles académiques de Wittenberg, puis plus loin. En décembre 1517, des éditions imprimées de ces thèses, sous la forme de pamphlets et de feuilles volantes, apparurent simultanément à Leipzig, à Nuremberg, à Bâle, aux frais d’amis de Luther à qui il avait envoyé des copies. Des traductions en allemand, qui pouvaient être lues plus facilement par un public plus large, suivirent rapidement et se répandirent dans les territoires de langue allemande. Un ami de Luther estima qu’il fallut 14 jours pour que les propositions soient connues dans toute l’Allemagne et quatre semaines pour qu’elles soient familières à toute la chrétienté.

“Elles ont été imprimées et ont circulé bien au-delà de mes attentes”

La diffusion rapide, mais non intentionnelle des “95 thèses” alerta Luther sur la manière dont les médias passant d’une personne à l’autre pouvaient atteindre une vaste audience. “Elles ont été imprimées et ont circulé bien au-delà de mes attentes”, écrit Luther en mars 1518 à un éditeur de Nuremberg qui avait publié la traduction allemande des thèses. Mais écrire en latin savant et les traduire ensuite en allemand n’était pas la meilleure manière de les adresser à un public plus large. Luther écrivit qu’il aurait “parlé très différemment et plus distinctement s’il avait su ce qui allait se passer”. Pour la publication, quelques semaines plus tard, de son “Sermon sur les Indulgences et la Grâce”, il passa à l’allemand, évitant le vocabulaire régional pour s’assurer que ses mots seraient compréhensibles dans toute l’Allemagne. Le pamphlet, un succès immédiat, est considéré par beaucoup comme le point de départ de la Réforme.

L’environnement médiatique que Luther s’est montré particulièrement habile à maîtriser avait beaucoup en commun avec l’écosystème numérique d’aujourd’hui, ses blogs, ses réseaux sociaux et ses discussions. C’était un système décentralisé dans lequel les participants s’occupaient de la distribution, décidaient collectivement des messages à diffuser en priorité grâce au partage et à la recommandation. Les théoriciens des médias modernes parleraient d’un public connecté, qui ne fait pas que consommer l’information. Luther a donné le texte de son nouveau pamphlet à un ami éditeur (sans aucun échange d’argent), puis a attendu qu’il se répande dans le réseau des lieux où on l’imprimait en Allemagne.

A la différence des livres plus gros, qu’il fallait des semaines et des mois à produire, un pamphlet pouvait être imprimé en un ou deux jours. Les copies de la première édition, qui coûtaient à peu près le prix d’un poulet, se diffusaient d’abord dans la ville où elles étaient imprimées. Les sympathisants de Luther les recommandaient à leurs amis. Les libraires en faisaient la promotion et les colporteurs les transportaient. Les vendeurs itinérants, les marchands et les prêcheurs emportaient alors des copies dans d’autres villes et si elles suscitaient un intérêt suffisant, des imprimeurs locaux produisaient leur propre édition, par lot de 1 000, dans l’espoir de tirer profit du buzz. Un pamphlet populaire se répandait ainsi rapidement sans l’implication de l’auteur.

Pamphlet, like et retweet

Comme avec les like de Facebook et les retweet de Twitter, le nombre de réimpressions sert d’indicateur de popularité d’un sujet. Les pamphlets de Luther étaient les plus recherchés ; un contemporain a noté qu’ils “n’étaient pas tant vendus qu’arrachés”. Son premier pamphlet en allemand, le “Sermon sur les indulgences et la Grâce” a été réimprimé 14 fois dans la seule année 1518, à 1 000 exemplaires à chaque fois. En tout, entre 6 000 et 7 000 pamphlets furent imprimés pendant la première décennie de la Réforme, plus d’un quart étaient les textes de Luther. Même s’il était l’auteur le plus prolifique et le plus populaire, il y en avait beaucoup d’autres, dans les deux camps.

Se mettre dans l’état de suivre et de discuter cet intense échange de points de vue, dans lequel chaque auteur citait les mots de son adversaire dans le but de les contredire, a conféré aux gens un sens nouveau de la participation à un débat à la fois vaste et distribué. Beaucoup de pamphlets invitaient le lecteur à discuter leurs contenus avec d’autres lecteurs et à les lire à haute voix pour les illettrés. Les gens lisaient et discutaient les pamphlets chez eux avec leur famille, en groupe avec leurs amis, dans des auberges et des tavernes. Les pamphlets de Luther étaient lus dans des boulangeries du Tyrol. Dans certaines villes, des guildes entières de tisserands ou de tanneurs apportèrent leur soutien à la Réforme, ce qui prouve que les idées de Luther s’étaient propagées dans les manufactures. Le Roi d’Angleterre Henri VIII lui-même apporta sa contribution en co-écrivant avec Thomas More une attaque contre Luther.

Les mots ne furent pas les seuls à voyager dans les réseaux sociaux pendant l’époque de la Réforme, la musique et les images aussi. Les balades de circonstance, comme le pamphlet, étaient une forme relativement récente de médium. Elles consistaient en une description poétique, et souvent exagérée, des événements du temps, sur un ton familier qui pouvait facilement être retenu et chanté avec les autres. Ces balades mélangeaient délibérément une mélodie pieuse avec des paroles profanes. Les paroles étaient distribuées sous la forme de feuilles imprimées, avec une note indiquant sur quel ton elles devaient être chantées. Une fois apprises, elles pouvaient se répandre parmi les illettrés grâce à la pratique du chant en groupe. Les réformés autant que les catholiques firent usage de cette nouvelle manière de diffuser l’information pour attaquer l’adversaire.

Les gravures sur bois furent une autre forme de propagande. La combinaison de dessins osés et de courts textes, imprimés comme sur une feuille, pouvaient porter des messages aux analphabètes et servaient de supports visuels aux prêcheurs. Luther nota que “sans images on ne peut ni penser ni comprendre quoi que ce soit”.

Sous l’afflux de ces pamphlets, de ces balades et de ces gravures, l’opinion publique vira en faveur des thèses de Luther. Et ce, malgré les efforts de la censure et les tentatives des catholiques pour les noyer sous la diffusion de leurs propres thèses. Pour user d’une expression contemporaine, le message de Luther est devenu viral.

Mécanisme collectif de signalement

Durant les premières années de la Réforme, exprimer son soutien à Luther par le prêche, par la recommandation d’un pamphlet ou le chant d’une balade hostile au Pape était dangereux. En réprimant rapidement les cas isolés d’opposition, les régimes autocratiques découragent leurs opposants à s’exprimer et se mettre en rapport les uns avec les autres. Il y a obstacle à l’action collective quand les gens sont insatisfaits, mais pas certain que leur insatisfaction soit suffisamment partagée, c’est ce qu’a remarqué Zeynep Tufekci (blog), une sociologue de l’université de Caroline du Nord, à propos du printemps arabe. Les dictatures égyptiennes et tunisiennes, explique-t-elle, ont survécu si longtemps parce que malgré la haine de beaucoup pour ces régimes, ils ne pouvaient être certains que cette haine était partagée. Cependant, avec les troubles du début 2011, les sites des médias sociaux ont permis aux gens de signaler leur préférence à leurs pairs, en masse et rapidement, dans une “cascade informationnelle” qui a rendu possible l’action.

Il se passa la même chose avec la Réforme. La popularité des pamphlets en 1523-1524, très majoritairement en faveur de Luther, a joué le rôle d’un mécanisme collectif de signalement. C’est ce qu’écrit Andrew Pettegree, spécialiste de la Réforme à l’université de Saint-Andrew : “ce fut la surabondance, la cascade de titres, qui a créé l’impression d’une marée, d’un mouvement imparable de l’opinion – les pamphlets et leurs acheteurs ont ensemble créé l’impression d’une force irrésistible.” Bien que Luther avait été déclaré hérétique en 1521, et que posséder ou lire ses travaux fût cause de bannissement de l’Église, un mouvement de soutien populaire a évité son exécution et la Réforme s’est installée dans une bonne partie de l’Allemagne.

La société contemporaine a tendance à se considérer comme meilleure que les précédentes, et les avancées de la technologie renforcent ce sentiment de supériorité. Mais l’Histoire nous enseigne qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Robert Darnton, historien à Harvard et spécialiste des réseaux de diffusion de l’information dans la France pré-révolutionnaire, explique que “les merveilles des technologies de la communication du présent ont produit une conscience faussée du passé – et même l’idée que cette communication n’avait pas d’histoire, ou n’avait à être considérée comme vraiment importante avant l’époque de la télévision et d’internet.” Les médias sociaux ne sont pas sans précédents : et même, ils s’inscrivent dans une longue tradition. Les réseaux numériques d’aujourd’hui sont peut-être plus rapides, mais il y a 500 ans, le partage de médias pouvait déjà aider à précipiter une révolution. Les systèmes de média sociaux contemporains ne font pas que nous connecter les uns aux autres : ils nous relient aussi à notre passé.


Article initialement publié sur Internet Actu sous le titre “Comment Luther est devenu viral”

Illustrations via Wikimedia Commons [Domaine Public]

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Telecomix crée la mémoire vive des révolutions http://owni.fr/2011/12/30/telecomix-cree-la-memoire-vive-des-revolutions/ http://owni.fr/2011/12/30/telecomix-cree-la-memoire-vive-des-revolutions/#comments Fri, 30 Dec 2011 14:23:14 +0000 Julie Gommes http://owni.fr/?p=91986

Les observateurs de la ligue arabe n’ont rien vu à Homs, épicentre la contestation en Syrie. C’est du moins ce que critiquent la France et des organisations de défense des droits humains. Arrivés lundi pour rendre compte de la situation sur place, ils ne sont restés que quelques heures à Homs pendant la journée de mercredi, la plupart du temps sous les yeux et l’encadrement attentifs de responsables syriens.

Bientôt, les internautes pourraient devenir des observateurs, grâce à un portail de vidéos créé par le collectif de hackers, Telecomix. Le groupe d’hacktivistes a déjà à son actif un coup de main à la révolution tunisienne et le rétablissement des communications et d’Internet en Egypte au plus fort de la répression. A Berlin pour le 28e Chaos Computer Congress , qui rassemble bidouilleurs et autres experts en sécurité informatique, plusieurs hacktivistes du collectif ont annoncé la création du portail. Parmi eux, le jeune blondinet KheOps, qui n’hésite pas à parler à visage découvert sur les télévisions françaises :

Maintenant, on essaie de regrouper les vidéos qui sortent en les classant par lieu et date, de manière à ce que des journalistes fassent du recoupement pour savoir ce qu’il s’est passé dans la même ville sur plusieurs semaines, mois…

L’idée est de recréer une mémoire vidéo de cette révolution syrienne, mémoire déjà développée en anglais et en arabe, via un site de news from the ground mis à jour en temps réel par des agents Telecomix et des Syriens qui participent au projet. KheOps est l’un des fondateurs de l’opération Syria. OpSyria, qui dure à présent depuis plus de six mois, est loin de s’enfoncer dans un rythme de routine : “Même si on a moins fait de choses spectaculaires, maintenant, il faut entretenir et créer de nouvelles choses techniques en permanence.”

Court-circuiter les espions

Des innovations qui permettent aux Syriens, chaque jour, de se connecter de manière plus sécurisée, comme l’explique KheOps :

Par exemple avec le point de sortie VPN. Il s’agit d’avoir un serveur avec une connexion correcte situé dans un pays qui ne soit pas la Syrie ou un pays ami de la Syrie, de sorte que les espions syriens n’y aient pas accès.

Grâce à ce travail quotidien, les utilisateurs syriens peuvent se connecter sur ce serveur, ce qui lui permet ensuite d’utiliser Internet sans que les services de sécurité ne s’en aperçoivent.

Quelques semaines après le début de la révolution Syrienne, les hackers de Telecomix avaient choisi de détourner les réseaux locaux pour permettre aux Syriens de faire sortir des images et des informations du pays, mais aussi d’apprendre quelques règles simples de sécurité et d’anonymat sur Internet. L’énorme prouesse technique permet aujourd’hui à des hacktivistes syriens de contourner la censure.

Infrastructure technologique

Okhin, un des Français de l’opération rappelle que les moyens du collectifs restent limités et qu’en aucun cas, ils ne remplacent les révolutionnaires :

On essaie de trouver de nouvelles façons d’aider les Syriens, de trouver de nouvelles façons de récupérer des nouvelles sur le terrain, on essaie de faire tout ce qu’on fait jusqu’à présent. On a eu juste à fournir une infrastructure technologique.

Kazakhstan, Russie, Cuba, les dictatures et les projets ne manquent pas : “On est volontaires, on fait ça sur notre temps libre, on ne peut pas sauver le monde” précise Okhin. Et de rappeler la conférence de la veille : “J’ai appris qu’en Turquie, ils commencent à s’organiser eux-mêmes, pas forcément à demander l’aide de Telecomix, mis à part un soutien technique. Pour changer les choses, ils doivent développer leurs propres clusters. »

Le collectif Telecomix regroupe des hacktivistes de différentes nationalités qui vivent parfois sur des fuseaux horaires totalement différents. C’est le cas de l’imposant Américain qui se fait appeler Punkbob. Il commence de son côté, avec d’autres, à travailler sur le Kazakhstan :

L’Internet n’y est pas libre, ils ne peuvent pas se connecter aux sites qu’ils veulent. On a aussi un regard sur la Russie…


Illustrations via FlickR [cc-byncsa] Ophelia Noor

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La France équipe la police iranienne http://owni.fr/2011/10/19/la-france-coopere-avec-la-police-iranienne/ http://owni.fr/2011/10/19/la-france-coopere-avec-la-police-iranienne/#comments Wed, 19 Oct 2011 06:27:40 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=83882 En toute discrétion, la France coopère avec les services de police iraniens, par l’entremise de la société de conseil et de service du ministère de l’intérieur français. Contacté par OWNI, un responsable de la société, Civipol, confirme l’envoi de 20 chiens renifleurs. Cette première livraison, sur un total de 52 chiens, sera effectuée le 25 octobre. Elle est financée par le Quartier général de contrôle de la drogue (Drug Control Headquarters) iranien qui dépend du président de la République.

Officiellement, il s’agit de lutter contre le trafic d’héroïne importée d’Afghanistan et transitant par le sol iranien avant d’abreuver les marchés européens. Mais ces chiens pourraient avoir d’autres usages répressifs.

L’opération fait grincer des dents jusqu’au sein du ministère français de la défense, à qui revient la charge de former les chiens en collaboration avec la police nationale. La transaction n’est pas du goût de la Grande Muette, peu encline à endosser la responsabilité de la coopération en matière de sécurité alors que les relations avec Téhéran sont pour le moins tendues. Sans compter le sort – expéditif – réservé aux trafiquants de drogue en Iran…

Vindicte des capitales occidentales

Dernier exemple en date des tensions diplomatiques, le Conseil des affaires étrangères de l’Union Européenne a voté le 10 octobre une nouvelle vague de sanctions. Elles ciblaient 29 responsables iraniens « impliqués dans la répression et la violation des droits de l’homme » a expliqué le Quai d’Orsay dans un communiqué. Deux jours plus tard, Washington accusait l’Iran d’être derrière une rocambolesque tentative d’assassinat de l’ambassadeur saoudien aux Etats-Unis.

Dans ce climat, la formation des chiens n’a pas fait consensus. C’est l’Etat-Major particulier, directement relié à l’Elysée, qui a donné le feu vert, nous a-t-on confié. Personne ne désirait endosser cette responsabilité au ministère de la défense. Un affront inhabituel d’une institution à la réputation moins rebelle, mais l’utilisation des chiens renifleurs inquiète. Il n’est pas impensable que les chiens renifleurs soient utilisés comme chiens mordants. Comprendre pour le contrôle des foules.

Un rapport d’information de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée, déposé le 5 octobre 2011, consacre un long développement à la « répression ferme, suivie d’une dégradation de la situation des droits de l’Homme » depuis 2008. Et de citer, rapports d’Amnesty International et Human Rights Watch à l’appui, « un système de répression massif dirigé contre tous les manifestants » que des chiens déjà dressés pourraient renforcer.

Plus inquiétant, les trafiquants de drogue arrêtés par le régime iranien sont promis à un funeste destin. Les députés de la Commission rapportent que l’ambassade de France en Iran comptait jusqu’à 360 exécutions entre le début de l’année et mi-juin 2011, dont 274 seraient confirmées, la différence étant liée aux « pendaisons de masse des trafiquants de drogue » partiellement confirmées.

En 2010, l’Iran arrivait juste derrière la Chine avec plus de 252 exécutions, contre plus d’un millier par Pékin. Un triste record ramené au nombre d’habitants. Le 13 mai dernier, le secrétaire général du Haut Commissariat pour les droits humains en Iran avait reconnu « le nombre élevé d’exécutions et les avait attribuées aux efforts pour combattre le trafic de drogue » précise un rapport du secrétariat général des Nations-Unies publié le 15 septembre 2011.

Coopérations culturelle et scientifique au point mort

La coopération a connu de meilleurs jours entre la France et l’Iran. Sur les plans culturel et scientifique, elle tourne au ralenti depuis la réélection jugée frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009. Côté iranien, un diplomate nous a assuré que la coopération s’était dégradée avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, unique responsable de l’actuel état des relations conformément à l’antienne diplomatique iranienne.

A propos de la coopération cynotechnique – les chiens, donc – le site de Civipol mentionne trois expériences passées : deux audits en janvier et septembre 2007, ainsi qu’une livraison de vingt chiens en septembre 2008. D’autres ont eu lieu, nous a assuré un responsable de la société, ajoutant que le site n’était plus à jour, sans préciser le détail des opérations antérieures. Les tensions apparues en juin 2009 avaient provoqué une interruption dans les livraisons de chiens. Une information dont le ministère des affaires étrangères assure aujourd’hui ne pas avoir connaissance : « Nous n’avons pas d’information sur l’interruption des livraisons ».


Photo via FlickR LeoAmadeus [by-nc-sa] Defence Images [by-nc]

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