OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 [itw] Tim Hardy: “Les policiers ne sont pas inquiétés, mais la situation est en train de changer” http://owni.fr/2011/03/27/itw-tim-hardy-les-policiers-ne-sont-pas-inquietes-mais-la-situation-est-en-train-de-changer-et-cest-du-a-la-technologie/ http://owni.fr/2011/03/27/itw-tim-hardy-les-policiers-ne-sont-pas-inquietes-mais-la-situation-est-en-train-de-changer-et-cest-du-a-la-technologie/#comments Sun, 27 Mar 2011 13:06:04 +0000 Thomas Seymat http://owni.fr/?p=53721 Tim Hardy est un ingénieur en logiciel et un blogueur qui se plait à citer Alain Badiou. Il est aussi militant, actif nuit et jour contre les coupes budgétaires s’élevant à 87 milliards de livres décidées par le gouvernement au Royaume-Uni. Les cheveux et la barbe poivre-et-sel de Tim sont des indices que pour lui la quarantaine est proche. Mais quand il distribue des tracts, crie des slogans ou explique avec passion à une caissière l’impact des décisions des responsables politiques, il est impossible de ne pas remarquer une lumière presque juvénile dans ses yeux bleus. Cet homme pourrait militer 24h sur 24 et 7 jours sur 7 si dormir n’était pas une nécessité vitale. J’avais rendez-vous avec Tim pour déjeuner vers son lieu de travail dans le quartier de Bermondsey, au sud de Londres. Pendant l’interview, réalisée la semaine dernière, impossible de l’arrêter. Nous avons parlé des coupes budgétaires, de la manifestations du 26 mars (qu’il préparait et qui a été un franc succès, avec au moins 250 000 manifestants à Londres), du rôle des médias sociaux dans la mobilisation et de comment, avec quelques amis, il entend garder les manifestants mobiles et sains et saufs.

OWNI: Le 26 mars, une grand manifestation pour soutenir des alternatives aux coupes budgétaires va avoir lieu à Londres, c’est bien ça? [NDLR: interview réalisée avant la manifestation du 26 mars]

T.H: Oui, le TUC [le congrès de syndicats britanniques, organisateur de la manifestation] a prévu 450 bus, d’autres personnes vont venir par leurs propres moyens. En plus du parcours officiel déposé par le TUC, il y en aura d’autres, moins officiels, partant de différents endroits de Londres et qui rejoindront le cortège principal. Il est aussi prévu d’occuper des endroits cruciaux du centre-ville. Le mouvement « Stay there for one day » projette d’occuper Hyde Park pendant 24 heures et UK Uncut va tenter de bloquer Oxford St. C’est difficile de prévoir à l’avance combien de personnes on attend pour cette manif. Le TUC est très pessimiste, je pense, il estime qu’il y aura 200 000 manifestants. La plupart des gens pensent que c’est une sous-estimation. Il y a eu un million de personnes dans les rues pour Stop the War [NDLR: en février 2003 ]. Nous voulons que cette manifestation soit aussi importante. Il y a d’autres groupes, des militants pour les droits des handicapés, comme Disable People Against Cuts (DPAC, Handicapés Contres les Coupes), dont la plupart sont trop diminués pour physiquement participer à la manifestation. Du coup, ils vont organiser une manifestation en ligne : il y aura une carte du Royaume-Uni sur laquelle ils pourront placer des punaises virtuelles, et y accoler des photos, des vidéos et des messages écrits.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

O. Depuis octobre, le mouvement social a réussi à conserver une forme de mobilisation, de basse-intensité mais continue, contre les coupes budgétaires avec l’aide des médias sociaux. Ca fait presque six mois, c’est assez impressionnant…

T.H. Exactement. Nous avons atteint un point où il y a pratiquement des actions tous les weekends, sauf le dernier parce qu’on a fait une grande conférence. Les deux weekends avant ça, nous avons fermés toutes les banques du centre de Londres. Les cibles changent: au début, le focus était sur les entreprises qui trouvent des moyens légaux pour payer le moins d’impôts possibles, comme Vodafone et Boots. Maintenant, l’attention semble se diriger contre les banques qui sont la cause sous-jacente des coupes et qui font aussi tout pour esquiver les impôts. Le nombre de gens impliqués a augmenté semaine après semaine. Nous sommes passés d’une à deux actions par jour à 40-50 dans tout le Royaume-Uni. Et le mouvement s’internationalise: US Uncut, France Uncut, Ontario Uncut… C’est un idée dont le moment est venu et qui se répand grâce à Internet. Pendant longtemps, le capitalisme globalisé a utilisé sa mobilité pour esquiver les impôts en déménageant. Aujourd’hui, nous ripostons.

O. Selon toi, est-ce que cette internationalisation du mouvement est le fait de nouveaux militants ou bien est-il relayé localement par des organisations étudiantes ou altermondialistes et des partis politiques?

T.H. Je pense que c’est un peu un mélange de tout ça. UK Uncut a une vocation très précise, mais c’est impossible de se limiter, de la même manière que le mouvement étudiant au Royaume-Uni a commencé à propos de l’augmentation des frais d’inscriptions, ces augmentations sont le symptôme de quelque chose d’autre – la marchandisation de l’éducation supérieure. C’est l’idée que l’éducation supérieure n’a qu’une valeur utilitaire, qu’on n’obtient un diplôme que pour gagner plus d’argent, ce qui implique que les Arts & Humanités inutiles.

Nous avons été témoins des coupes de 100% dans le budget des Arts & Humanités parce qu’ils « n’avaient pas de valeurs économiques ». Vu que la loi sur les frais d’inscription a été votée, le mouvement étudiant a changé et a adopté des arguments idéologiques plus larges. Idem pour UK Uncut. Il a commencé par être contre les “échappeurs d’impôts”, mais plus on creuse, plus on se rend compte que ce problème fait partie d’un problème plus grand encore. Il est lié par exemple au mouvement anti-commerce d’armes et aux mouvements pacifistes : la banque Barclays est le plus grand investisseur mondial dans le commerce d’armes. C’est impossible de s’attaquer à un tel problème sans réaliser à quel point ils sont interconnectés.

O: Lors de manifestations précédentes à Londres, la police a mis en place la tactique dite de la bouilloire qui consistent à encercler des groupes de manifestants et de les garder prisonniers pendant plusieurs heures sans possibilité de sortir, comme le 9 décembre sur le pont de Westminster. Tu fais partie d’une équipe qui a créé un outil, Sukey, pour éviter de futures « bouilloires ». C’est une application qui permet aux utilisateurs  de renseigner en direct une carte en ligne en indiquant où sont les forces de police. Ils peuvent aussi recevoir messages et SMS en temps réel. Peux-tu nous en dire plus sur le sujet ?

T.H. C’est une application qui est comme un logiciel de publication, le logiciel te laisse le contrôler mais il y a aussi une équipe éditoriale qui le gère: c’est assez similaire à une rédaction d’un journal. L’équipe Sukey est pour le moment disponible pour des manifs au Royaume-Uni mais nous allons bientôt diffuser le logiciel sous une licence GPL 3 pour que tout le monde puisse l’utiliser et le modifier gratuitement. Nous ne nous occuperons pas des manifestations à l’étranger, mais d’autres gens peuvent le faire et nous pouvons les conseiller. Nous espérons rendre Sukey suffisamment robuste sur les questions de sécurité et de confidentialité. Pour l’instant, les réglages sont suffisamment robustes pour l’Europe, mais ils ne le sont pas pour des endroits comme l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Nous voulons changer ça et le rendre plus costaud, comme ça, même si le gouvernement coupe le réseau, les gens pourraient avoir un réseau autonome en maille qui leur permetterait de communiquer « many-to-many » au sein de la masse de personnes plutôt que dépendre d’un unique FAI. Nous aimerions que Sukey soit utilisé dans le monde, y compris contre les régimes oppressifs. Mais c’est pour le long terme, pour le moment on est concentré sur le 26 mars.

O. Il est frappant de voir à quel point le mouvement anti-coupes au Royaume-Uni a adopté les médias sociaux et les technologies mobiles. J’aurais imaginé que des groupes de gauche ou d’extrême-gauche soient un peu néo-luddistes ou au moins méfiants des outils technologiques comme les smartphones qui sont de purs produits de la mondialisation.

T.H. Il y a beaucoup de problèmes autour cette question. Les produits Apple par exemple posent de très sérieux problèmes en ce qui concerne les droits de l’Homme et les droits numériques. Si vous parlez à des militants des droits numériques, il vous disent qu’ils haïssent Apple. Les téléphones portables sont aussi des outils d’aliénation et d’atomisation. Mais nous avons reçus des compliments de la part de l’extrême-gauche et d’anarchistes parce que nous utilisons ces outils d’aliénation pour redonner du pouvoir aux gens. Un certain pragmatisme est nécessaire.

Si par pureté idéologique, vous dites « je ne ferai pas ça, je n’utiliserai pas ceci », vous n’allez jamais réussi à avoir du pouvoir. Vous serez laissé à la traîne. Sukey essaie de garder une position neutre, mais il est évident que ce que nous faisons est politique, notre impact est politique. Nous sommes critiqués des deux côtés, c’est dur de garder l’équilibre. Nous avons aussi une relation un peu tendue avec la police, qui n’est pas contente de ce que nous faisons. Mais dans le même temps, nous ne faisons rien d’illégal donc ils ne peuvent pas nous arrêter.

O. J’ai lu que l’équipe Sukey pensait inclure des messages de la police dans l’application si ces messages respectent votre charte. C’est le cas?

T.H. Absolument. Nous ne savons pas encore s’ils accepteront notre offre. Le 28 février, un communiqué de la police disait qu’ils commenceraient à utiliser Twitter pour prévenir les gens des « bouilloires », avec un ‘officier Twitter’ spécialement affecté à la tâche. Mais ils n’ont pas cité notre nom une seule fois. Nous parlerons avec la police dans une certaine mesure et nous leur dirons « vous n’aurez jamais nos données ».

Si la police débarquait dans les locaux de Sukey et prenait nos ordinateurs, aucune donnée permettant d’identifier ou d’incriminer des gens ne s’y trouverait. Nous avons réalisé Sukey de façon à ce que ceux qui contribuent à l’application soient à l’abri. Tout est anonymisé et nous ne de gardons aucune donnée, point final. A chaque manifestation, on recommence à zéro. Cependant, on n’a pas de contrôle sur les compagnies de téléphone. La police peut aller voir Orange ou autre, et demander des informations sur tel ou tel message. Nous prévenons les gens, nous leur disons « vos messages sont lus ». Des groupes nous critiquent parce que l’on parle avec la police, mais on ne peut pas plaire à tout le monde. Si on n’était pas en contact avec la police, on aurait été fermé depuis longtemps. On préfère pouvoir continuer. Mais on a toujours refusé de les laisser rentrer dans nos bureaux pendant qu’on s’occupe d’une manifestation. Pour le 26, nous ne serons pas les seuls à surveiller la police. Indymedia London les aura aussi à l’oeil, et des vidéos sur la police pourront être hébergées sur VisionOnTV, récemment lancée.

Puisque les principaux médias ne sont pas trop chauds pour couvrir les manifestations, la police prend ça comme un feu vert pour utiliser la violence. Elle a déjà fait passé des articles dans les journaux ou sur la BBC qui préviennent qu’il y aura des « fauteurs de troubles » et des violences. Mais à lire des commentaires sur des forums ou des blogs de policiers du style « on va botter le cul de quelques étudiants ce weekend », on peut voir que la perspective de violence en excitent certains. Et il savent qu’ils ne vont pas être inquiétés, parce qu’historiquement ils ne le sont jamais. C’est une minorité au sein de la police mais le problème, c’est que cette minorité agit avec impunité parce que la police ressert les ranges lorsqu’on l’accuse. On l’a vu après la mort de Iam Tomlinson et comment la police a tout nié en bloc et s’en est sorti indemne.

Les policiers ne sont pas inquiétés mais je pense que la situation est en train de basculer et que c’est dû à la technologie. C’est un outil incroyable de répression, nous faisons tout le travail de renseignement de la police lorsqu’on l’utilise. C’est pratiquement impossible de la sécuriser : au Royaume-Uni, si vous utilisez de la cryptographie et que vous refusez de donner votre mot de passe à la police, vous risquez cinq ans de prison. C’est comme ça. Et puis vous pouvez avoir un virus ou un key-logger… Même si vous vous y connaissez beaucoup en informatique, c’est très dur de sécuriser un ordinateur. Mais la technologie aplatit les hiérarchies, je ne dis pas que tout le monde est égal et il peut subsister des chevauchements avec des médias plus anciens, mais le prix d’entrée est plus bas. Tout le monde peut ouvrir un blog, devenir influent et si votre message est puissant, vous serez lu.

O: Est-ce que la raison pour laquelle tu as commencé à bloguer?

T.H. Non, mon but est plus simplement d’explorer. J’ai blogué depuis près de dix ans et j’ai décidé de tout supprimer l’an dernier parce que j’avais de sérieuses réserves quant à la valeur de l’engagement sur Internet. J’ai décidé de reprendre cette année mais je ne fais pas d’égo-blogging. Je me concentre entièrement sur les coupes, le rôle des technologies et comment elles peuvent rendre la société plus progressiste. Je ne suis pas intéressé par l’argent, il n’y pas de pub sur mon blog, je veux juste relever le niveau du débat. Il y a un petit nombre de commentateurs, toujours les mêmes, qui interviennent lorsqu’il y a des débats sur les médias sociaux, et ils passent vraiment à côté de nombreuses évidences.

O. Quel genre d’évidences?

T. Prenez Evgeny Morozov par exemple, dans son livre the Net Delusion, il a une vision plutôt nuancé des possibilités pour la technologie de construire une société civile plus forte. Mais dans ses interviews et ses éditos, il adopte la vision beaucoup plus étriquée d’un Internet inutile et qui ne sert qu’à la répression. Parce que ça créé le débat, ce que les médias aiment: c’est manichéen et ça fait vendre des livres. Du coup, malheureusement, une grande partie du débat finit dans un cul-de-sac [en français dans le texte] intellectuellement paresseux. Beaucoup de gens arguent que le militantisme en ligne est simplement un pantomime, qu’il agit comme une alternative aux actions et qu’il court-circuite les élans militants. Je suis d’accord qu’il peut s’agir d’un risque mais cela ne se limite pas à ça. Si 1000 personnes lisent un article et que, parmi eux, 100 cliquent sur le bouton « j’aime » de Facebook et qu’un seul sort de chez lui et essaie de changer les choses, c’est ça l’important. Le reste est hors-sujet.

Illustrations CC FlickR xpgomes5, barnoid, Thomas_Ashland,

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Angleterre: un conflit de basse-intensité relayé par Internet http://owni.fr/2011/03/27/angleterre-un-conflit-de-basse-intensite-relaye-par-internet-ukuncuts/ http://owni.fr/2011/03/27/angleterre-un-conflit-de-basse-intensite-relaye-par-internet-ukuncuts/#comments Sun, 27 Mar 2011 09:46:33 +0000 Thomas Seymat http://owni.fr/?p=53665 Au Royaume-Uni, la pilule de l’austérité mise en place par la coalition Clegg-Cameron a beaucoup de mal à passer pour certains. Faisant face à des coupes budgétaires s’élevant à plus de 87 milliards de livres (près de 100 milliards d’euros) étalées sur quatre ans et à des frais d’inscription universitaires qui vont jusqu’à tripler par endroit – de 3.000 à 9.000£ par an –, des organisations et des individus se mobilisent depuis plus de six mois. Grâce à Internet et aux médias sociaux, de petits groupes d’activistes mènent une guérilla ininterrompue, sorte de conflit social de basse-intensité qui occupe le terrain et tentent de mobiliser au-delà des cercles militants traditionnels.

A chaque journée d’action son hashtag

S’il est vrai que le mouvement social s’est fait remarquer au départ par des manifestations étudiantes agitées, comme l’occupation du quartier général du Parti conservateur ou les affrontements devant le Parlement de Westminster, la mobilisation s’est étendue à d’autres groupes de personnes affectées par les coupes. Pour fonctionner, le mouvement a complètement adopté médias sociaux et technologies mobiles. A chaque journée d’actions son hashtag (#dayx3, #march26), à chaque fac occupée son compte Twitter (@UCLOccupation, suivi par 5.000 personnes) et à chaque cortège son live-tweet. Un seul mot d’ordre relie tous ces évènements entre eux : #solidarity.

De cette constante présence en ligne émergent quelques voix qui sont devenues des références, des ‘influenceurs’ de la mobilisation. On y trouve par exemple @Pennyred, une militante, bloggueuse et éditorialiste qui pèse près de 14.000 followers. Sa soudaine notoriété lui donne  “un peu le vertige: il y a neuf mois, “[elle] n’avait que 1000 followers“. Laurie Penny (son vrai nom) écrit aujourd’hui dans plusieurs journaux, en plus d’être devenue une référence invitée lors de conférences ou à la radio. De son côté, @Sunny_hundal, 9.000 followers, est rédacteur-en-chef d’un blog ironiquement intitulé ‘Liberal Conspiracy‘ et premier du classement Wikio des blogs politiques du Royaume-Uni.

Les organisations de militants, tel UK Uncut, 23.000 followers, utilisent également Internet tous les jours pour faciliter l’organisation de leurs actions à l’échelle du pays. Il existe en effet un compte Twitter Uncut pour chaque grande région ou ville. Le mouvement est décentralisé, il suffit d’une carte Google, d’un marqueur avec une adresse email et c’est parti : cela peut aller de cinq personnes distribuant des tracts à un rassemblement d’une centaine de personnes occupant une banque pour protester contre le montant des bonus ou sa politique d’évasion fiscale. Le 19 février, c’est Barclays qui en fut la cible: en 2009, la banque a réussi à ne légalement payer que 2,5% de son revenu global en impôt, soit 113 millions de livre sterling. Dans le même temps, elle a distribué dix fois ce montant en bonus pour ses banquiers. Des chiffres qui nourrissent la colère et le ressentiment du mouvement qui y voit le symbole de l’inégalité de la répartition des efforts de réduction du déficit budgétaire.

Devant la banque Barclay's, lors de l'occupation

Même le vénérable Trade Union Congress, fédération des syndicats britanniques fondée en 1868, s’est mis à Internet, avec un site et une page ‘événement’ sur Facebook pour la manifestation du 26 mars.

Des “community managers” de la mobilisation

Organisations et individus influents jouent presque le rôle de “community managers” de la mobilisation. Ils échangent, font de la veille média, re-tweetent leurs articles de blogs respectifs et contribuent à ce que la discussion à propos du mouvement social ne s’arrête jamais. Deux avantages se distinguent: d’une part l’apparente transparence du mouvement empêche qu’il s’ankylose ou soit phagocyté, d’autre part, les dizaines d’actions menées dans le pays occupent le terrain médiatique et permettent de faire passer le message dans les médias. Le Guardian semble particulièrement épris du mouvement. C’est rare qu’un jour passe sans qu’un article ou un édito ne le mentionne, l’un d’entre eux expliquait que c’était la mobilisation la plus rapide qu’ait connu à ce jour le Royaume-Uni.

Le mouvement a aussi ses vidéos virales. Le (you)tube du moment – 60.000 visionnages depuis le 22 mars– est un clip de rap sobrement intitulé « Andrew Lansley Rap », du nom du politicien conservateur et actuel ministre de la santé britannique. Sur un beat simple agrémenté du riff de House of the rising sun (Les portes du pénitentier), le rappeur MC Nxtgen pose un flow grimey et nerveux et accuse le ministre de vouloir privatiser le National Health Service, le système de santé du Royaume-Uni. « Andrew Lansley, avare, Andrew Lansley branleur, le NHS n’est pas à vendre », assène dans le refrain le MC, sec comme un coup de matraque.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Et c’est l’un des passages le le plus light, Lansley en prenant pour son grade tout au long des couplets. Mais le MC élève le débat et rappelle dans ses paroles les controverses entourant sa cible. Avant d’être ministre, Lansley a reçu de l’argent de lobbyistes représentants des fabricants de chips, les barres Mars et Pizza Hut, ainsi que de la part d’une entreprise de soin privée qui bénéficierait des réformes portées par le ministre. Vu le succès de la vidéo en ligne, « Andrew Langsley Rap » risque bien de devenir l’hymne du mouvement social.

Illustration CC FlickR xpgomes5 et Thomas Seymat

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Tumblr: la génération Skins connectée http://owni.fr/2011/01/16/tumblr-la-generation-skins-connectee/ http://owni.fr/2011/01/16/tumblr-la-generation-skins-connectee/#comments Sun, 16 Jan 2011 13:00:06 +0000 Alexandre Léchenet http://owni.fr/?p=42383 Le premier, c’est Tommy, amateur de paradis artificiels et jeune anglais de 17 ans. Tommy n’est qu’un de ces gars indie. Il aime les tatouages, les filles, et les garçons. Il n’est pas bisexuel. En revanche, il se dit pansexuel. Pas de genres, pas de sexes, juste de l’amour et du sexe. En parlant de sexe, Tommy a mis en ligne le sien début décembre. Pour les anonymes, dit-il. Ils sont d’ailleurs une quinzaine a avoir apprécié cette photo. La grande majorité a moins de 20 ans.

Les autres viennent d’Espagne, des États-Unis ou du Royaume-Uni. Sur tous leurs blogs, la sensualité est palpable. Entre deux photos de hipsters à lunettes torse nudes photos de couples et quelques images d’Harry Potter. D’autres images floues, surmontées de phrases légèrement stupides mais qui peuvent sembler follement romantiques. Et puis des captures de film, qui côtoient des photos de groupes de rock passés ou présents.

Les adolescents qu’on croise sur Tumblr semblent beaucoup plus intéressants que les Skyblogs où des jeunes évoquent leurs vies à coup de photos d’eux ou de soirées et de textes aux couleurs de l’arc-en-ciel. Plutôt que de se raconter à travers leurs vies, ces jeunes utilisateurs nous racontent leurs vies grâce à ce qu’ils aiment sur Internet. Tumblr étant à la génération Skins ce que les Skyblogs sont à la génération nan-nan.

Tumblr est apparu en 2007. Le principe, appelé surf-blog, est on ne peut plus simple:  on y poste rapidement les fruits de ses explorations. Chacun s’abonne aux Tumblr qu’il aime, repostant (on dit rebloguer) les articles favoris ou “likant” les autres. Tumblr se place entre le synchrone d’une timeline qui bouge en temps réel sur tumblr.com et l’asynchrone du blog qui présente toutes les découvertes de manière fixe. En cela il se démarque de Twitter où les archives ne sont pas facilement accessibles. Il se démarque également des autres plate-formes où l’ensemble des articles n’est accessible que grâce aux fils RSS.

Qualifié souvent à tort de Twitter multimédia, Tumblr développe donc des communautés importantes qui sont encouragées par les éléments tels que le reblog, les questions voire les propositions des lecteurs. Chaque auteur dispose des outils pour améliorer le contact avec ses lecteurs. Tumblr, c’est tout à la fois: un blog, un réseau social, une plate-forme de partage de contenu, un formspring, un Twitter.

D’ailleurs, certains ne s’y trompent pas. Non seulement la plate-forme a récemment levé 30 millions de dollars, mais de nombreux méta-Tumblr existent, soit sur la plate-forme même, tel que The Daily What, revue de web sur Tumblr, qui a récemment rejoint le network de I Can Haz ou en France avec la rubrique de Fluctuat, au nom follement original, Tumbl’Heure.

En France toujours, Tumblr a été marqué par le développement des “Bonjour” il y a quelques mois. Là encore, le principe est déconcertant de facilité: des sites publient chaque jour une photo. Cela va des sexys “Bonjour Monsieur” ou “Bonjour Madame”  aux plus politiques comme “Bonjour la Droite” (alimenté par le Parti Socialiste), en passant par “Bonjour Poney” ou “Bonjour les moches“. Sites de collections qui font écho aux “Fuck Yeah” anglophones collectionnant également les photos les plus originales souvent très précises, allant des moustaches ou des filles avec des tâches de rousseurs aux plus délirant”Kim Jong-Il looking at things“.

En conclusion, voici quelques règles à connaître sur Tumblr et une petite application qui propose de chercher des images de Tumblr pour les faire apparaître sur n’importe quel site.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

(image par Intertitres, tumblr “arty”)

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Information: nous n’avons rien inventé http://owni.fr/2010/07/02/information-nous-navons-rien-invente/ http://owni.fr/2010/07/02/information-nous-navons-rien-invente/#comments Fri, 02 Jul 2010 09:59:27 +0000 Charlie Beckett http://owni.fr/?p=20557 Je travaille dans une tour de bureaux moderne dans une allée où une sorte d’Internet a été inventée au 15e siècle. Laissez-moi vous expliquer.

Aux environs de 1422, Henry V a commencé à écrire ses lettres en anglais et non plus en latin. C’était les documents qui l’autorisaient à exercer le pouvoir : les mails de travail de l’époque. Elles servaient à concevoir et exécuter les lois du pays. Mais elles étaient également souvent rendues public pour que tout le monde soit mis en courant de ce qui se passait. Elles racontaient tout au peuple anglais, des batailles aux taxes. C’était donc le journalisme de l’époque.

À travers un système complexe d’écoles de droits officielles (les Inns of Court) le régime de Henry V a mis en place tout un système bureaucratique en utilisant des lettres – écrites en anglais - pour créer à la fois un système administratif et à travers leur publication, une sphère publique médiévale.

14th Century Geek

Geek du 15e siècle

Mon bureau est construit sur les vestiges d’une de ces écoles, appelée St Clements et donnant sur le chef d’œuvre gothique du 19e siècle, la Cour suprême. Ce qu’Henry V a fait à la communication est étrangement similaire à ce qui se passe avec l’Internet, la politique et les gouvernement actuellement.

C’est ce qu’explique le médiéviste Gerald Harris dans son merveilleux livre Shaping The Nation :

L’écriture de lettres, courante dans les affaires personnelles et pour le travail, a aussi développé une dimension politique. Les rois envoyaient des notes d’information décrivant leurs campagnes en Irlande et en France, les Londoniens rendaient compte d’événements particuliers d’intérêt national à l’attention du public provincial (une loi, une bataille, un rituel politique ou un coup d’État), les lettres étaient publiées comme des manifestes publics par des nobles mécontents ou lors de fêtes plébéiennes…. Des lettres bien argumentées ont consolidé les croyances de Lollard contre la persécution ecclésiastique.”

Mais ce qui est intéressant, c’est la façon dont cette littérature fonctionnelle à destination de l’élite s’est transformée en multimédia de masse :

De telles lettres publiques et semi-publiques circulaient, elles étaient lues à haute voix, clouées sur les portes, conservées dans des collections privées ou copiées dans des journaux privés ou des registres officiels. L’alphabétisation générale a fait rentrer la sphère politique dans une toile d’information, de rumeurs, de mises en garde et de conseils. L’intimité de la classe dirigeante, sa taille limitée, son interconnection et son ouverture ont rendu la circulation de l’information en son sein facile – nourrissant un état d’esprit politique.

Je crois que l’expression-clé est “alphabétisation générale”. L’Internet rend cela possible, aussi. Le simple fait de rendre les données accessibles change leurs significations politiques.

Mettre simplement l’information dans un langage que les gens comprennent et auquel ils ont donc accès, change doublement sa signification politique. C’est ce que l’on appelle la data visualisation.

Et c’est là le point important pour un journaliste. Les lettres mettaient sous une forme narrative cette information, écrite dans un langage largement compréhensible. Ou plutôt une série complète de narrations plurielles. C’est crucial. Comme Harriss l’explique, le 15e siècle était un environnement médiatique multi-plate-forme, multi-source : ‘circulaient, étaient lues à haute voix, clouées sur les portes, conservées dans des collections privées, ou copiées dans des journaux privés ou des registres officiels.‘ Ces clercs créaient et faisaient de la curation d’information, un prédécesseur des journalistes en réseau.

Au lieu d’un iPad, ils avaient des plumes et du velin. Puis le papier est arrivé, ce fut un peu comme de passer au très haut-débit.

Ils n’ont pas eu besoin d’une loi sur l’économie digitale. Bien qu’ils aient eu besoin d’un cadre légal et qu’ils aient investi dans un système d’alphabétisation médiatique qui soutenait ce flot de production de données officielles – les auberges de la Cour, les clercs du Palais de Westminster, etc. C’est aussi à ce moment là que Whitehall s’est mis en place, je le crains [NdT : Whitehall est le nom d'une rue qui désigne par métonymie le pouvoir britannique].

Quoi qu’il en soit, faites-en ce que vous voulez. Mais je suis content que la sphère publique précède les coffee shops du XVIIème siècle évoqués par Habermas. Cela montre comment ce type de discours politique peut être audacieux au premier abord, révolutionnaire dans ses effets, mais très sujet à l’inertie du centre de gravité du pouvoir. C’est à nous, en tant que journalistes, de résister à cela, bien sûr. “Once more unto the breach” Une fois de plus sur la brèche ! /-)

Billet initialement publié sur le blog de Charlie Beckett, directeur de Polis ; image CC Flickr FeatheredTar.

Traduction: Sabine Blanc.

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Le domaine public menacé par un nouveau “syndrome de Peter Pan” ? http://owni.fr/2010/07/01/le-domaine-public-menace-par-un-nouveau-%c2%ab-syndrome-de-peter-pan-%c2%bb/ http://owni.fr/2010/07/01/le-domaine-public-menace-par-un-nouveau-%c2%ab-syndrome-de-peter-pan-%c2%bb/#comments Thu, 01 Jul 2010 15:06:22 +0000 Lionel Maurel (Calimaq) http://owni.fr/?p=20915

Ne me demandez pas comment j’en suis arrivé là, mais j’ai récemment découvert que Peter Pan avait connu une bien étrange destinée juridique.

Peter Pan fut créé d’abord en 1904 sous la forme d’une pièce de théâtre, puis d’un roman publié en 1911, par l’auteur écossais J.M. Barrie. Celui-ci étant décédé en 1937, l’oeuvre aurait dû entrer dans le domaine public le 1er janvier 2008, en vertu de la règle qui veut que les droits patrimoniaux durent en principe tout au long de la vie de l’auteur plus soixante dix ans après sa mort.

Mais Peter Pan n’est pas dans le domaine public et il se pourrait bien qu’il n’y entre jamais tout à fait, en raison d’une excentricité législative du Parlement anglais.

Il s’avère en effet que J.M. Barrie, n’ayant pas de descendants, décida en 1929 de reverser l’intégralité des droits de la pièce à l’hôpital pour enfants malades de Great Ormond Street, à Londres (voyez ici). Au vu des nombreuses adaptations ultérieures de l’oeuvre, tant dans la littérature qu’au cinéma, il s’agissait d’un geste fort généreux et on imagine qu’à lui seul, le film de Disney  a dû garantir à l’hôpital de subtantiels revenus.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Si l’histoire s’était arrêtée là, Peter Pan aurait tout de même fini par entrer dans le domaine public, mais un tour de passe-passe législatif est  intervenu plus tard, qui a en quelque sorte « éternisé » le geste initial de J.M. Barrie.

Peter Pan et le copyright imaginaire…

En 1987, l’oeuvre était sur le point de tomber une première fois dans le domaine public (la durée de protection des droits en Europe était alors de cinquante ans après la mort de l’auteur). Si cela s’était produit l’hôpital pour enfants aurait perdu le bénéfice de la manne financière représentée par les droits sur l’oeuvre. L’ancien Premier ministre britannique Lord Callaghan proposa alors avec succès un amendement lors du vote en 1988 du Copyright, Designs and Patents Act, qui a instauré un droit perpétuel sur les œuvres du cycle de Peter Pan, au profit de l’hôpital pour enfants.

D’un point de vue juridique,  l’hôpital ne possède plus un droit d’auteur au sens propre sur Peter Pan, mais un simple droit à toucher un pourcentage (royalties) sur les recettes réalisées lors de toute représentation théâtrale, diffusion, publication ou adaptation de l’oeuvre. Ce privilège spécial a une portée limitée, puisqu’il ne s’applique qu’en Angleterre, mais il durera aussi longtemps qu’existera l’hôpital pour enfants .

Pour prendre un exemple, on peut penser que Loisel, pour pouvoir réaliser sa – remarquable ! – adaptation en BD de Peter Pan, parue en 6 tomes de 1990 à 2004, a dû verser un droit à l’hôpital anglais avant que l’oeuvre ne tombe dans le domaine public en 2007, au titre du copyright dont il bénéficiait  et qui était valable internationalement. Si un nouveau tome de la série paraissait aujourd’hui, l’hôpital ne pourrait plus s’appuyer sur son droit d’auteur, mais seulement sur le droit à redevance créé à son profit par la loi anglaise de 1988. Loisel pourrait publier librement sa BD sans avoir à verser de rémunération, sauf pour distribuer sa création en Angleterre, auquel cas il lui faudrait verser à l’hôpital un pourcentage sur le produit des ventes.

Vous avez dit Royalties ?

En consultant le site de l’hôpital de Great Ormond Street, on se rend compte que l’établissement ne se contente pas d’encaisser passivement les droits sur Peter Pan, mais qu’il a développé  une politique active d’exploitation de l’oeuvre.

Des agents sont ainsi chargés de conclure des licences et d’exploiter les droits dans plusieurs pays. Pour mettre en scène un spectacle ou publier un livre en Angleterre s’inspirant de Peter Pan, un système de licences et de tarifs a été mis en place. L’hôpital revendique même des droits lorsque des pièces sont jouées dans les écoles. Les établissements ont alors le choix entre verser une redevance pour obtenir une licence ou organiser une collecte de fonds au bénéfice de l’hôpital à l’occasion du spectacle, pour laquelle on peut même vous prêter du matériel promotionnel !

La lecture de la FAQ juridique du site de l’hôpital nous apprend que  l’usage de Peter Pan comme logo est strictement réglementé. Il est vrai que l’hôpital fait lui même un usage promotionnel intensif de l’univers de J.M. Barrie, notamment lors de la Peter Pan Week qui a lieu chaque année pour lever des fonds.  Il n’est pas dit s’il vous faudra verser une redevance au cas où vous décidiez d’appeler votre enfant Peter ou Wendy, mais je vous conseille quand même de vous renseigner, au cas où !

En 2006, l’hôpital est allé jusqu’à commander à un écrivain une suite officielle du roman, baptisée Peter Pan in Scarlet. Elle vient s’ajouter à longue série des séquelles et préquelles que l’oeuvre de Barrie a suscité et pour lesquelles l’hôpital n’a pas manqué de toucher des royalties. Même pour la biographie romancée de J.M. Barrie, Back to Neverland, avec Johnny Depp et Kate Winslet, des droits d’auteur ont été versées, car le film comportait des extraits de la pièce originale…

Un statut juridique à géométrie variable

Si l’on regarde de près, le statut juridique de Peter Pan est complètement éclaté, en fonction des lois applicables. Dans la plupart des pays du monde applicant la règle « vie de l’auteur plus 70 ans », Peter Pan est bien dans le domaine public et l’oeuvre peut être utilisée sans autorisation, ni redevance. En Angleterre, Peter Pan est formellent dans le domaine public, mais il faut tenir compte du privilège spécial de l’hôpital et obtenir auprès de lui une licence payante, chaque fois que l’on souhaite exploiter l’oeuvre.

Pour corser encore un peu les choses, il est des pays où Peter Pan n’est toujours pas tombé dans le domaine public. L’hôpital peut y faire valoir directement le droit d’auteur qui lui avait été conféré en 1929 par J.M. Barrie.  En Espagne par exemple, Peter Pan est protégé jusqu’en 2017, à cause de la manière particulière dont ce pays a transposé la directive européenne sur l’extension de la durée des droits. Aux Etats-Unis, les droits sur la pièce (mais non ceux sur le roman !) vont durer jusqu’en 2023. L’oeuvre tombe en effet sous le coup de la loi « Mickey Mouse », qui a prolongé à 95 ans la durée du copyright sur les oeuvres dont les droits appartiennent à une personne morale.

Moralité : si vous souhaitez créer une nouvelle oeuvre en vous inspirant de l’univers de Peter Pan et l’exploiter (notamment sur Internet, qui ignore les frontières), sortez vos cartes géographiques, vos codes de propriété intellectuelle, vos dictionnaires multilingues et n’oubliez un tube d’aspirine !

On trouve une trace de ces complexités juridiques sur la notice de la version du roman (pas de la pièce…) Peter Pan qui a été numérisé par le Projet Gutenberg :

This edition of Peter Pan has been created in the United States of America from a comparison of various editions determined by age to be in the Public Domain in the United States. There are questions concerning the copyright status in other countries, particularly in members or former members of the British Commonwealth. Anyone who can contribute information as to the copyrights status of earliest editions is encouraged to do so. For the present, this edition of Peter Pan is restricted to the United States, and is not to be for use or included in any storage or retrieval system in any country, other than the United States of America.

Résultat de ces incertitudes : l’accès à la version du Projet Gutenberg est théoriquement réservé aux Etat-Unis, alors que l’oeuvre est également dans le domaine public dans de nombreux pays…

Une exception juridique qui doit le rester

Autant le geste initial de Barrie me paraît digne d’éloges, autant je reste très dubitatif quant à cette loi anglaise qui lui a donné une portée éternelle. Certes un hôpital pour enfants a trouvé dans cette oeuvre une source de financements, mais cette belle cause justifiait-elle que l’on porte atteinte au domaine public ?

Celui-ci possède en effet une valeur économique propre et beaucoup plus large, dans la mesure où il favorise la création contemporaine en lui permettant de se nourrir librement des oeuvres du passé. On peut penser par exemple ce que l’on veut du récent Alice aux pays des merveilles de Tim Burton, mais Guillaume Champeau a bien montré dans un article de Numerama combien cette adaptation cinématographique avait entraîné une multiplication de nouvelles éditions en tous genres (dont cette jolie version eBook enrichie pour iPad).

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Qu’adviendra-t-il de l’effet de levier pour la créativité que peut jouer le domaine public si on le grève de nouveaux droits, à l’image de ce qu’a fait le législateur anglais ? Au-delà de l’opportunité économique de ces montages, on peut aller plus loin et se demander si de telles lois sont  juridiquement valables. Une loi peut-elle porter impunément atteinte au domaine public, dans la mesure où celui-ci permet l’exercice de certains droits fondamentaux comme la liberté d’expression, l’accès à la culture ou à l’éducation ?

La question s’est posée aux Etats-Unis, dans une célèbre affaire Eldred c. Ashcroft, dans laquelle avait été contestée au Congrès américain la capacité à étendre la durée de protection du copyright. Au terme d’une rude bataille judiciaire, la Cour suprême des Etats-Unis a finalenement accepté en 2003 la validité de l’extension de la durée des droits et une récente décision de justice américaine a confirmé qu’une loi pouvait extraire une oeuvre du domaine public pour la replacer sous copyright. Une nouvelle prolongation de 20 ans de la durée du copyright serait d’ailleurs à l’étude aux Etats-Unis…

De manière plus inquiétante, un récent rapport de l’OMPI sur le domaine public recommandait d’explorer la piste d’un « domaine public payant », pour instaurer une sorte de taxe en cas de réutilisation à des fins commerciales des oeuvres du domaine public destinée à financer la conservation des oeuvres par les institutions culturelles (voir p. 39 et s. ainsi que p. 70). J’avais déjà eu l’occasion de réagir au mois de février à l’idée émise par le rapport Zelnik de mettre en place une redevance de cette sorte pour financer la création.

En ces périodes de disette budgétaire, il va effectivement devenir très tentant de chercher à transformer le domaine public en « vache à lait » pour créer des ressources. Cette tactique  permettra peut-être de lever quelques deniers à court terme, mais ce sera au détriment des retombées  que le domaine public permet de générer indirectement et qui ne peuvent exister que si l’on préserve sa nature de bien commun.

Espérons donc que les législateurs dans le monde ne soient pas affectés par ce « syndrome de Peter Pan » d’un nouveau genre qui a frappé le Parlement anglais et ne démolissent pas le domaine public en s’abritant derrière de fausses bonnes raisons.

On frémit déjà en pensant à ce qui se passera lorsque Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter ou Twillight seront sur le point de tomber dans le domaine public !

Billet initialement publié sur :: S.I.Lex :: sous le titre “La tortueuse destinée juridique de Peter Pan

Image CC Flickr olivcris et I like

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http://owni.fr/2010/07/01/le-domaine-public-menace-par-un-nouveau-%c2%ab-syndrome-de-peter-pan-%c2%bb/feed/ 10
Pour un gouvernement 2.0 http://owni.fr/2010/03/11/pour-un-gouvernement-20/ http://owni.fr/2010/03/11/pour-un-gouvernement-20/#comments Thu, 11 Mar 2010 16:20:34 +0000 Serge Soudoplatoff http://owni.fr/?p=9877 2285257955_13d8c781b2

En finir avec les relations verticales

Passionné d’Internet depuis plus de vingt-cinq ans, ingénieur de formation, fondateur et président d’Almatropie, entre autres, Serge Soudoplatoff rejoint Owni. Il expose dans ce billet les avancées de certains pays en matière d’open data. Un train que la France n’a malheureusement pas encore pris .

Nous sommes au mois de mars 2010. O’Reilly vient de terminer sa conférence en ligne sur le gouvernement 2.0. Premier constat : les pays qui y participent, parce qu’ils ont quelque chose à raconter, sont les États-Unis, le Canada, l’Australie, l’Angleterre, et Israël. Je sais, la France, pays des droits de l’homme, hélas, n’y était pas présente.

Que signifie un gouvernement 2.0 ? C’est un cheminement qui passe d’abord par l’open data. En bref, le gouvernement s’engage à fournir publiquement toutes les informations qu’il détient. Je viens de croiser à Melbourne Chris Moore, qui est DSI de la ville d’Edmonton, et qui a mis en place un tel système de catalogue open data. Ne croyons pas que c’est facile, il s’est heurté à toute sorte de méfiance, de rejets. Mais il a persévéré, et a réussi. On y trouve des informations géo-localisées, comme les parkings, les bus, les écoles, etc. Mais ce n’est pas suffisant, Chris a décidé d’ouvrir les API de ce catalogue aux développeurs.

Dans la même idée, la ville de San Francisco vient d’annoncer l’ouverture de ses API 311. 311 est, aux États-Unis, l’équivalent du 911 mais quand il n’y a pas d’urgence. Le 911 est utilisé pour signaler qu’un immeuble brule, le 311 pour dire qu’il y a un simple problème ; c’est très bien expliqué ici. Suite à un document créé par Harvard en 2008, une initiative a été lancée, l’open311, qui consiste à créer un ensemble d’API autour des services municipaux (au passage, ce site est un wiki, outil très intéressant dans des phases de conception). Parmi les usages intéressants de cette initiative, signalons fixmystreet en Angleterre, un système de déclaration de problèmes urbains en Hollande, ou bien do it yourself democray aux États-Unis, qui est une application iPhone !

Tout repose sur la même idée (que j’espère bien promouvoir à la DUI) : le rôle du gouvernement est d’encapsuler ses données et d’ouvrir des API, pas seulement de faire un portail où sont sélectionnées des applications « labellisées », mode de relation avec les citoyens qui reste encore trop hiérarchique, supérieur, entre des « sachants » d’un côté et le brave peuple de l’autre.

Mettre les citoyens et le gouvernement en mode collaboratif

Mais ce n’est qu’un début : le pas suivant consiste à mettre les citoyens et le gouvernement en mode collaboratif, en s’appuyant sur les outils de l’Internet. Je ne saurais que trop vous conseiller de lire l’excellent rapport publié par le gouvernement australien, qui est généralement cité comme ce qui se fait de mieux en gouvernance 2.0 : ” Getting on with Government 2.0“. Ce rapport, publié en décembre 2009 sous licence Creative Commons, est adressé à deux ministres : Lindsay Tanner, ministre des Finances et de la Dérégulation, et Joseph Ludwig, membre du Parlement et ministre d’État. La première page est éloquente : l’Australie veut faire de son gouvernement le meilleur au monde !

Je ne peux m’empêcher de vous délivrer l’un des paragraphes de cette première page :

Information collected by or for the public sector is a national resource which should be managed for public purposes. That means that we should reverse the current presumption that it is secret unless there are good reasons for release and presume instead that it should be freely available for anyone to use and transform unless there are compelling privacy, confidentially or security considerations which require otherwise.

La mise en œuvre de ce projet passera par trois piliers :

> Changer la culture et la gouvernance de l’administration

> Utiliser tous les outils collaboratifs issus de l’Internet

> Ouvrir les accès à toutes les données publiques

    Voici une belle initiative, à l’opposé des fameuses lois en I chères à JMP.

    Ne pourrions-nous pas nous en inspirer ?


    > Billet initialement publié sur Almatropie

    > Illustration par Todd Barnard

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    http://owni.fr/2010/03/11/pour-un-gouvernement-20/feed/ 3
    Dan Bull contre l’Hadopi à l’anglaise [en] http://owni.fr/2009/11/28/dan-bull-contre-lhadopi-a-langlaise-en/ http://owni.fr/2009/11/28/dan-bull-contre-lhadopi-a-langlaise-en/#comments Sat, 28 Nov 2009 18:15:27 +0000 Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=5776 Cliquer ici pour voir la vidéo.

    Après avoir répondu à Lily Allen qui s’était attaquée au téléchargement illégal, Dan Bull s’adresse sur le même mode à Peter Mandelson. L’influent lord, Sécretaire d’État à l’entreprise et vice-premier Ministre du gouvernement Brown, essaye en effet de faire passer un projet de loi intitulé “Digital Economy Bill” qui reviendrait dans les faits à confier les pleins pouvoirs au gouvernement en matière de droit d’auteur.

    Une sorte d’Hadopi à l’anglaise, que Dan Bull combat avec ses armes : humour et créativité.

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    http://owni.fr/2009/11/28/dan-bull-contre-lhadopi-a-langlaise-en/feed/ 1
    Angleterre : un rapport officiel montre (presque) la voie du Copyright 2.0 http://owni.fr/2009/11/05/angleterre-un-rapport-montre-presque-la-voie-du-copyright-20/ http://owni.fr/2009/11/05/angleterre-un-rapport-montre-presque-la-voie-du-copyright-20/#comments Thu, 05 Nov 2009 06:10:26 +0000 Admin http://owni.fr/?p=5207 L’Angleterre défraye la chronique numérique en ce moment avec ses projets de passage à la riposte graduée Hadopi-like pour lutter contre le téléchargement illégal.

    Mais il ne faudrait pas verser trop vite dans le syndrome de la perfide Albion, car il émane en ce moment d’Angleterre des propositions vraiment novatrices en matière d’adaptation du droit d’auteur à l’environnement numérique.

    Le pays qui a inventé le copyright (ne l’oublions pas) ne serait-il pas sur le point de poser les bases pour le réinventer ?

    Je peux réutiliser cette photo au charme délicieusement londonien parce qu’elle est placée sous licence Creative Commons NC (pas d’utilisation commerciale). Imaginez maintenant que l’ensemble du web soit placé sous ce régime … Utopique ? C’est pourtant (presque) ce que propose un rapport du très sérieux Intellectual Property Office (London bus. Par E01. CC-BY-SA. Source : Flickr)

    L’Intellectual Property Office, la principale agence gouvernementale anglaise en matière de copyright, a publié un rapport© The Way Ahead : A Strategy for Copyright In The Digital Age” qui pointe pour une fois les vraies questions, loin des sentiers battus et rebattus en France.

    Jugez-en plutôt par l’entrée en matière (traduction par mes soins) :

    “Pour la première fois, les citoyens individuels disposent grâce aux technologies numériques des moyens de créer, d’utiliser et de diffuser des œuvres protégées. Ils veulent se saisir de ces opportunités, mais ce faisant, il est presque inévitable qu’ils enfreindront le droit d’auteur. Cette distorsion au niveau des attentes (mismatch of expectations) est significative, parce que ni la loi, ni les attitudes du public ne sont faciles à changer.”

    Sempiternel hiatus, maintes fois constaté et dénoncé, entre les possibilités vertigineuses offertes par le numérique et la rigidité du système de la propriété intellectuelle, avec en toile de fond la conscience émergente qu’il existe un réel droit du public à la réutilisation des contenus, doté d’une dignité et d’une valeur égales à celle du droit d’auteur (j’avais essayé d’en parler ici). Le grand mérite du rapport de l’IPO est de dépasser ce seul constat en proposant des pistes concrètes pour sortir le web de cette situation de blocage juridique (le rapport fait 54 pages, mais vous pourrez en lire une bonne synthèse dans ce billet du British Journal of Photography).

    La principale proposition réside dans l’idée d’introduire dans la loi anglaise une exception permettant la réutilisation à des fins non commerciales des contenus de manière générale et sans avoir à rechercher l’autorisation des titulaires de droits (cf. p.29 du rapport). L’IPO précise quels types d’usages cette exception pourrait recouvrir :

    - créations de mash-ups de sons et/ou d’images à des fins personnelles, comme des samples musicaux ou l’ajout d’une bande-son à des photos de famille

    - conversion de formats de CDs en MP3 sur les ordinateurs, les téléphones ou les baladeurs

    - partage de photos entre les amis ou les membres de la famille.

    L’accent est mis sur la réutilisation créative des contenus dans l’esprit du Remix et le rapport insiste beaucoup sur la nécessaire simplification des mécanismes contractuels de délivrance des licences qui entravent ce types d’usages (voir l’excellent schéma ci-dessous Copyright Nightmare qui illustre le parcours du combattant auquel un utilisateur est confronté pour monter une simple vidéo de mariage).

    copyright nightmare
    Copyright Nightmare – the Wedding Video (p. 29 du rapport). Un doute me saisit … Aurais-je commis un acte de contrefaçon en reproduisant une page de ce rapport, consacré à la nécessité de faciliter la réutilisation des contenus ? Peut-être bien que oui ! Une mise en abyme qui révèle toute l’ampleur du problème …

    Un flou persiste cependant dans le rapport quand à la portée réelle de cette proposition. Il est affirmé en effet que cette exception présenterait un caractère “personnel” et qu’elle ne pourrait s’appliquer au cas d’un DJ diffusant une musique créée à partir de morceaux protégés dans le cadre d’une performance rémunérée ou si des revenus publicitaires étaient générés à travers la diffusion en ligne du morceau (donc distinction usage commercial/non commercial, à l’image de la licence Creative Commons NC). Mais on peut lire un peu plus loin que le caractère “personnel” de l’exception s’opposerait à la communication en public (“public performance”) ou au partage des œuvres à grande échelle. Il y a donc un certain flottement désagréable entre la distinction commercial/non-commercial et la distinction usage privé/usage public, qui mérite clarification sous peine de rendre inapplicable la proposition aux usages en ligne (ballot quand même pour un rapport sur le Digital Age …).

    Le rapport se prononce également en faveur de l’instauration en Angleterre d’un système de licence collective étendue pour la gestion des droits d’usage en ligne, mécanisme qui existe déjà dans les pays scandinaves mais sans avoir une portée aussi générale. La licence collective étendue permet à une société de gestion qui atteint un niveau suffisant de représentation de solliciter un agrément auprès de l’Etat pour être en mesure de collecter et répartir les droits de l’ensemble des titulaires sans avoir à recevoir de mandat de leur part. Les titulaires conservent seulement la possibilité de se retirer du système par le biais d’une procédure d’opt-out volontaire. Il n’existe pour l’instant pas d’exemple d’application d’un tel système pour les usages en ligne, mais cette solution pourrait jouer un rôle de simplification non négligeable (j’ai cependant découvert il y a peu un très étonnant système de gestion collective obligatoire pour les usages en ligne qui serait sur le point de se mettre en place en Slovénie). Le rapport contient également une proposition pour le coup révolutionnaire (cf. p. 50) : réexaminer l’opportunité de rétablir une forme d’enregistrement volontaire des titulaires de droits pour pouvoir bénéficier de la protection offertes par le copyright, estimant qu’il s’agit du seul moyen de régler efficacement la question de la gestion des droits (ce que je proposais ici). Ni plus ni moins qu’une sorte d’opt-out géant établi au niveau mondial …

    Sous réserve de clarifier la portée réelle de l’exception proposée, les pistes formulées par le rapport de l’IPO me font très fortement penser à la notion de Copyright 2.0 proposée en juin 2008 par Marco Ricolfi, alors membre du High Level Expert Group mis en place par la Commission dans le cadre du programme I-2010 Digital Librairies. Dans son papier “Copyright Policy for digital libraries in the context of the i2010 strategy” (il faut aller à la fin de l’article), Ricolfi trace les contours d’une feuille de route qui aurait mérité plus d’attention de la part des décideurs (je traduis) :

    Ce dont nous avons besoin en ce moment, c’est d’une nouvelle sorte de copyright, que nous pourrions appeler, si vous le voulez bien, Copyright 2.0. Je propose que le nouveau système s’articule selon quatre principes de base. L’ancien copyright, ou Copyright 1.0, continuerait à être valable ; mais il devrait être revendiqué explicitement par le créateur pour exister, en apposant par exemple la marque © sur l’oeuvre ou comme cela se passait aux Etats-Unis avant qu’ils ne ratifient la Convention de Berne. Au cas où aucune mention ne porterait de dispositions contraires, le Copyright 2.0 s’appliquerait ; et il ne donnerait au créateur qu’un seul droit, celui à la reconnaissance de sa paternité sur l’oeuvre. La mention pourrait également être ajoutée après la création, mais elle aurait alors pour effet d’interdire seulement certains types particuliers d’usages (en particulier l’utilisation commerciale). La protection conférée par le Copyright 1.0 en vertu de la mention originale pourrait également être retirée après une certaine période de temps (par exemple les 14 années de protection prévue par la première loi historique sur le copyright) [..]

    Quel est le but de l’exercice conceptuel auquel je viens de me livrer ? A vrai dire, je dois avouer que je ne suis pas totalement certain que les quatre principes que j’ai décrits soient parfaitement adaptés aux besoins de nos sociétés. Ce que je veux dire cependant, c’est que suivre ce canevas nous permet d’imaginer comment différentes catégories de règles pourraient correspondre aux besoins des créateurs en fonction de la manière dont ils élaborent leurs oeuvres. Nous reconnaissons que l’ancien Copyright 1.0 doit être maintenu, car il sera encore revendiqué par les créateurs (et les firmes) qui créent de manière traditionnelle. Le but n’est pas de supprimer l’ancien copyright qui paraît encore fonctionner dans beaucoup de situations, mais d’ouvrir une nouvelle possibilité alternative, le Copyright 2.0, qui pourrait être mieux adapté aux caractéristiques de la création et de la diffusion des oeuvres dans l’environnement numérique.

    Azincourt … Waterloo … Riposte graduée Hadopi-Like … On pourrait avoir des raisons de se méfier de l’Angleterre. Mais il ne faudrait pas jeter le Copyright 2.0 avec l’eau du thé ! (Spilt tea. Par Caro Wallis. CC-BY-NC-ND. Source : Flickr)

    Il y a quelque chose de ce Copyright 2.0 qui transparaît dans le rapport de l’IPO, sans qu’on parvienne tout à fait encore à un changement aussi radical. Le régime de l’exception supprime d’une certaine manière le “système à double niveau” – classique et moderne – envisagé par Ricolfi. Mais il a presque pour effet de placer l’intégralité du web sous une sorte de licence Creative Commons /Paternité/Pas d’usage commercial, ce qui aurait un immense effet libérateur sur les usages. Ou plutôt devrais-je dire : qui aurait l’effet d’aligner enfin la superstructure du système juridique sur l’infrastructure des usages et des conditions de productions réelles des contenus sur le web (désolé pour les accents marxistes, mais cela reste la meilleure manière de dire les choses quant une révolution est nécessaire !). J’ai particulièrement apprécié le passage du rapport qui aborde de front la vraie question de légitimité citoyenne du droit d’auteur :

    Tout cela doit être pris en compte, car ni la loi, ni l’attitude du public ne sont faciles à changer, mais les deux doivent être conciliés si l’on souhaite que le copyright reste effectif à l’âge du numérique. On ne peut pas s’attendre à ce que le système du copyright reçoive l’adhésion du public, à moins que les consommateurs puissent utiliser les oeuvres de la manière dont ils le souhaitent, par exemple en partageant des photos avec leurs amis sur le web. Cela signifie que les titulaires de droits proposer des oeuvres en ouvrant plus largement les usages.

    Un engagement en faveur de l’équilibre à comparer avec le discours “répressivo-pédagogique” des pouvoirs publics français qui nous expliquent qu’il faut “rééduquer” ces pauvres citoyens égarés pour leur faire retrouver le chemin de l’offre légale, tellement plus attractive que les horreurs du P2P !

    Il faut noter que ce n’est pas la première fois que l’on voit venir d’Angleterre de telles propositions novatrices. En 2006 déjà, le rapport Gowers avait avancé l’idée qu’une exception pouvait être introduite pour couvrir les usages créatifs constatées dans les pratiques amateurs et conduisant à la production des User-generated Content sur le web. Cette proposition avait fait son chemin et elle s’était retrouvée parmi les questions posées par le Livre vert de la Commission européenne paru en 2008 “Le Droit d’Auteur dans l’Economie de la Connaissance” :

    Question 24 : faut-il instaurer des règles plus précises en en ce qui concerne les actes que les utilisateurs finals [sic] peuvent effectuer ou non lorsqu’ils utilisent des matériels protégés par le droit d’auteur ?

    Question 25 : faut-il introduire dans la directive une exception pour le contenu créé par les utilisateurs ?

    Cette proposition qui lorgne très fort du côté d’un “fair use à l’européenne” n’a hélas visiblement pas recueilli suffisamment d’échos favorables lors de la consultation qui a accompagné le Livre vert, puisqu’elle n’a pas été reprise dans la synthèse dressée par la Commission dans une récente communication “Copyright in the Knowledge Economy“. Les réactions des titulaires de droits ont été trop fortes, et si vous voulez découvrir un modèle quasi parfait d’immobilisme juridique, je vous conseille d’aller voir la manière dont le gouvernement français dans sa réponse a démoli cette idée. Ne changeons surtout rien, le monde est tellement parfait …

    Toujours est-il que nous voyons aujourd’hui réapparaître dans le rapport de l’IPO ce qui constitue à mes yeux LA grande question à laquelle est confronté le système de la propriété intellectuelle pour parvenir à un nouvel équilibre dans l’environnement numérique. Il faut souhaiter que l’idée puisse faire son chemin en Angleterre et plus largement en Europe, car rien ne pourra se faire complètement sans une action communautaire. Surveillons – mais aussi participons ! – à la nouvelle consultation lancée par la Commission sur les contenus culturels créatifs qui pourraient être utilisée comme caisse de résonance !

    Étonnant quand même qu’il faille se tourner vers l’Angleterre pour sortir un peu la tête du fog numérique qui règne ici ! (London in the fog. Par trexcali. CC-BY-NC-ND. Source : Flickr)

    Hélas me direz-vous, le rapport de l’IPO soutient également le mécanisme de la riposte graduée Hadopi-like et le principe de la coupure de l’accès à internet pour réprimer les pirates, ce qui peut faire douter de la cohérence de sa ligne politique. Ceci dit, si les usages non commerciaux des œuvres protégées sont plus largement autorisés, on peut aussi penser que la lutte contre le téléchargement illégal pourrait se recentrer sur des actes manifestement abusifs, visant à tirer profit du partage des œuvres (Là, je me fais l’avocat du diable, mais il y a un peu de vrai quand même …).

    En tout cas en ces temps où la France essaie désespérément de sortir du bourbier intellectuel dans laquelle la loi Hadopi l’a engluée, on aimerait voir émaner d’un organisme gouvernemental des propositions aussi avancées que celles qui figurent dans le rapport anglais.

    Let’s try !

    PS : Le rapport contient aussi des propositions intéressantes en matière d’œuvres orphelines, autre dossier sur lequel les Anglais ont l’air d’avoir décidé d’avancer de manière très volontaire (voir ici pour l’analyse détaillée des solutions envisagées et pour une synthèse). J’en parlerai plus longuement dans un prochain billet consacré à la question.

    Un billet publié à l’origine sur le blog S.I.Lex


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    http://owni.fr/2009/11/05/angleterre-un-rapport-montre-presque-la-voie-du-copyright-20/feed/ 4
    Hadopi piratée http://owni.fr/2009/11/04/hadopi-piratee/ http://owni.fr/2009/11/04/hadopi-piratee/#comments Wed, 04 Nov 2009 11:21:05 +0000 Alfred-Georges (Brave Patrie) http://owni.fr/?p=5139 [NDLR] Les brave patriotes débarquent sur la soucoupe, et l’équipe est enchantée d’entamer cette collaboration que nous espérons longue et fructueuse /-)

    La Grande Bretagne, non contente d’abriter les artistes anti-hadopistes de Coldplay qui ont choisi d’offrir gratuitement [1] le live de leur tournée aux internautes, vient de piller le patrimoine législatif français en téléchargeant illégalement la loi Hadopi. La Brave Patrie a toutefois promptement réagi, et le réseau de pirates est en cours de démantèlement.

    La victime n’en est pas à sa première agression, mais le fait que celle-ci soit posthume rend l’acte encore plus écœurant : Christine Albanel vient d’être molestée pour la 4ème fois de suite. Il est scandaleux que dans notre pays, où la sécurité est à l’ordre du jour depuis la révolution démocratique du 6 mai 2007, on puisse encore voir une star de la scène législative française, ayant à peine intégré la Chambre Froide [2] Pour les béotiens ignorant tout de notre Constitution, la Chambre Froide , se faire dépouiller de la sorte.

    Pauvre Christine. Agressée à l’Assemblée Nationale par des députés intégristes de gauche cachés derrière des rideaux. Giflée en plein hémicycle du Parlement Européen par Bono, qui marche dans les pas du terroriste Carlos et dont les enquêteurs supposent que le nom d’emprunt a été spécifiquement choisi pour approcher la trop confiante Mme Albanel. Flagellée par le commando extrémiste de gauche regroupé sous le sigle Conseil Constitutionnel, qui l’a achevé, croyait-on dans les hautes sphères médicales spécialisées.

    Et bien non : un dernier outrage a été commis sur la dépouille de l’ancienne ministre de la Culture.

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    Le jeune hacker Blind G0rd0n Br0wn, avant de perdre un œil et de porter un bandeau.

    Cette fois l’attaque vient de l’étranger. Hors des Frontières de la Brave Patrie se masse un ennemi plus redoutable encore que les 3 derniers militants du PCF, section Hérault, réunis au café des sports de Viuz-la-Chiezaz. Braves Citoyens, les Rosbifs nous volent l’œuvre de toute une vie politique.
    Le piratage est avéré. La connexion Internet utilisée provient d’Angleterre, du 10 Downing Street à Londres, et porte la signature de l’ordinateur de Blind G0rd0n Br0wn, un petit délinquant écossais habituellement spécialisé dans la fraude aux notes de frais et reconverti dans le hacking et le piratage sur le net.
    Son adresse IP a été aperçue sur eDonkey par la cellule anti-piratage de la Haute Autorité alors qu’il téléchargeait le projet de loi HADOPI dans son ensemble. Un autre délinquant a été identifié, le pirate ayant choisi de ne partager le produit de sa rapine (rester en « seed », disent ces cyber-fripouilles) qu’avec une relation FaceBook, un certain Lord M4nde150n, ministre du Bizness et pilier du collectif travailliste.
    Un complice français, Imad L., déjà connu des services de police luxembourgeois pour produire des lignes de code vérolées, est activement recherché. Le forfait prend ainsi des ramifications internationales.
    Un autre suspect, « Dédévé la FreeGate », alias « Torrent Domi », est lui aussi pourchassé. Pointure internationale de la falsification de fichiers pirates pour le compte des majors, il était passé chez les h4xors suite à son éviction par le conseiller personnel de Pascal Nègre, Nicolas S.

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    Pirate diabolique, Lord M4nde150n est allé jusqu’à dérober le linceul de la pauvre Madame Albanel.

    Par chance, la découverte de ce réseau a permis d’éviter de justesse la propagation illégale et hors de tout contrôle marchand de cette œuvre symbolique du renouveau de la production législative française. Alléluia, les auteurs et détenteurs des droits de la loi ne perdront pas trop de royalties – même en Grande Bretagne, où la lutte est orchestrée par un allié improbable, l’organisation à but non-lucratif Open Rights Group [3].

    Cette association avance que 70% des Anglais seraient opposés au principe de la riposte graduée. Le seul acte terroriste recensé dans le cadre de ce piratage est l’utilisation par le FAI britannique Karoo des dispositions de ce florilège de mesures législatives éclairées. Après avoir pris la liberté d’user des directives du texte français avant même une copie privée législative à la sauce anglo-saxonne, le FAI a du faire machine arrière face à la mobilisation des habitants de Kingston-upon-Hull qui ont rejoint le concert de protestations soulevé par le vol dont a été victime la malheureuse Christine.

    La menace n’est malheureusement pas totalement écartée : un groupuscule intégriste de gauche radicale infiltré par le Parti Pirate Finlandais, le Parlement Européen, a voté la semaine dernière un amendement Bono au rabais, qui permet la propagation de l’intégrale piratée des œuvres de Christine Albanel sur les réseaux pire2pire législatifs de toute l’Europe.
    Côté bravepatriote, on s’interroge en haut lieu sur des complicités venant du ministère de la Culture, ou même du palais de l’Elysée. Jean Sarkozy, charmante tête blonde en échec artistique depuis de nombreuses années, est soupçonné d’être à la source du piratage. Nicolas lui-même s’est résolu à activer le contrôle parental sur les machines de ses enfants, qui n’auront donc plus accès qu’aux différents sites certifiés UMP.


    » Article initialement publié sur Brave Patrie, le vrai journal des vraies valeurs de la France vraie

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    http://owni.fr/2009/11/04/hadopi-piratee/feed/ 2
    La réponse de Dan Bull à Lily Allen: en chanson, et en anglais http://owni.fr/2009/09/28/la-reponse-de-dan-bull-a-lily-allen-en-chanson-et-en-anglais/ http://owni.fr/2009/09/28/la-reponse-de-dan-bull-a-lily-allen-en-chanson-et-en-anglais/#comments Mon, 28 Sep 2009 08:00:09 +0000 Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=3962 Cliquer ici pour voir la vidéo.

    La chanteuse britannique avait ouvert un blog pour militer en faveur d’une loi Hadopi à l’anglaise. Elle s’est fait prendre à son propre piège. Face à la fronde de ses fans et à l’opposition d’autres artistes de renom réunis au sein de la Featured Alliance Coalition, elle a annoncé mettre à terme à sa carrière.

    Dans cette vidéo, Dan Bull, jeune artiste anglais, lui répond en une chanson qui met en forme les arguments des anti-riposte graduée. La vidéo est en train de faire le tour de la blogosphère de l’autre côté de la Manche. Le petit malin fait donc parler de lui à peu de frais, prouvant par l’exemple que d’autres moyens existent pour un artiste de se faire (re)connaître que de faire confiance à l’arsenal marketing des majors.

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    http://owni.fr/2009/09/28/la-reponse-de-dan-bull-a-lily-allen-en-chanson-et-en-anglais/feed/ 3